lundi 21 septembre 2020

Chasse à courre : encore un rendez-vous manqué

Les adeptes de la chasse à courre semblent fermement résolus à vouloir heurter la sensibilité de nos concitoyens. Dernier exploit en date, qui défraie encore une fois la chronique, en forêt de Compiègne - dans la ville de Compiègne devrais-je dire - où un équipage a poussé un cerf épuisé à se réfugier aux abords d'un chantier.

Évidemment les images d'un cerf épuisé, c'est à dire à l'agonie et proche de l'apoplexie, poussé là par des chiens non maitrisés, ne sont pas très flatteuses pour les veneurs. Et ce ne sont pas les arrogantes dénégations du maître d'équipage en cause qui amélioreront l'affaire.

 


Outre ces images choquantes (qui peuvent aussi survenir dans la nature sans l'intervention de l'homme - la vie d'un animal sauvage est difficile, il faut le rappeler) le véritable scandale n'est pas là.

Non, le véritable scandale est ailleurs et il est double.

Tout d'abord, on autorise la chasse à courre en pleine période de rut, au moment où les cervidés sont en campagne de reproduction, fatigués par leurs ébats et leurs combats. En effet le brame est une période très exigeante physiquement et les grands mâles peuvent perdre jusqu'à 20% de leur masse corporelle durant cette période.

Ensuite et surtout, la sécheresse exceptionnelle que nous connaissons actuellement a asséchée de nombreux points d'eau dans les espaces forestiers et rend la vie des cervidés très difficile. Les herbacées qu'ils consomment habituellement et qui représentent la majeure partie de leur indispensable apport hydrique sont réduites à l'état de foin sec et pauvre depuis début aout. Les pluies automnales se font attendre et ce ne sont pas les quelques averses orageuses, avec des eaux ruisselantes, qui changerons la donne.

Nous avons donc un tableau bien sombre pour les cerfs qui doivent à la fois faire face au manque d'eau, répondre jusqu'à l'épuisement à leurs impératifs biologiques et tenter de survivre face aux veneurs.

C'est là le cœur de mon propos : la vènerie aurait pu, aurait dû, dans ces circonstances exceptionnelles, attendre la fin du brame et/ou les premières pluies pour commencer sa saison de chasse. Pour ces passionnés autoproclamés de la nature, une telle mesure aurait semblé couler de source et aurait eu la double vertu de redonner un peu de crédit à leur passion dans l'opinion et du répit aux cervidés de nos forêts.

C'était sans doute trop attendre. Je me plais à croire que les illustres veneurs du passé et les seigneurs dont ils dépendaient, auraient trouver bien peu de noblesse à chasser le grand cerf dans ces conditions.

 



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