samedi 28 juillet 2018

VTT à Fontainebleau ? Controverse.

Une polémique sourdre depuis plusieurs années dans nos contrées forestières sans qu'aucun compromis ne semble pouvoir être trouvé. D'un côté certaines associations de VTT qui revendiquent l'utilisation de l'intégralité des sentiers tracés en forêt de Fontainebleau, de l'autre des promeneurs et randonneurs qui, sous le patronage auto-revendiqué des AFF (association des Amis de la Forêt de Fontainebleau), s'oppose à ce que les cyclistes puissent emprunter les plus étroits et accidentés de ceux-ci, notamment les fameux sentiers Denecourt (balisage bleu) qui pénètrent dans les massifs les plus beaux et fragiles de la forêt.

En l'état actuel des textes et usages, il semble acquis que la pratique du vélo sur les chemins forestiers bellifontains inférieurs à une largeur de 2.5 mètres soit proscrite, même si cette analyse n'est pas systématiquement partagée, y-compris occasionnellement par l'ONF lui-même (!).

Au-delà du seul aspect réglementaire qui ne saurait être parfaitement opérant tant la diversité des traces et des situations est diverse, il faut prendre en compte les usages et les contextes d'utilisation. Il faut aussi considérer l'attrait particulier de chaque secteur et la prépondérance de l'obligation de préservation qui nous incombe.

Car le cœur du problème est bien là : la préservation des sites fréquentés. Elle est primordiale, essentielle à la pérennité de tout ce qui fait l'attrait et la beauté de notre forêt.

Il faut aussi prendre en compte la sécurité des personnes qui, dans certaines situations, peut être compromise. Je pense notamment aux enfants qui n'ont pas toujours le bon réflexe d'évitement ou au cycliste qui sera projeté à terre ou sur un rocher en essayant d'éviter un randonneur.

Ceci étant posé, il faut parler clairement : les portions problématiques ne représentent qu'une très faible proportion des traces bellifontaines. Ce sont essentiellement les sentiers les plus accidentés et engagés situés le plus souvent dans les chaos rocheux ou les dépressions importantes. Pourquoi ?

  • Pour les promeneurs et randonneurs, ce sont les portions les plus bucoliques et typiques de la forêt ;
  • Pour les enfants, les chemins les plus ludiques et rigolos à emprunter, on suit la peinture bleue entre les rochers ;
  • Pour les cyclistes, ce sont les traces les plus funs, avec une dimension technique et sportive en plus.

Alors pourquoi tant de haine ? Tout simplement parce qu'il y a de fortes incompatibilités entre les attraits énumérés précédemment :

  • la vitesse du compétiteur ne s'accommode que très difficilement de la lenteur toute bucolique et contemplative du naturaliste rêveur ;
  • le défi technique (passages cassants, étroits, engagés) du vététiste ne laisse que peu de place au respect des sols et à la préservation du milieu ;
  • le rigolo et ludique de l'enfant facétieux qui s'engage sur un sentier Denecourt tortueux risque de rencontrer frontalement et brutalement le fun tout en vitesse du vététiste ;
  • le groupe de randonneurs du dimanche, appréciant le typique des splendeurs bellifontaines, tout en caquetage, en inertie et en suréquipement, ne sera que peu diligent pour s'effacer au passage du cycliste en quête de performance ;
  • le naturaliste ou photographe, en quête de silence et de furtivité, n'est que peu enthousiasmé par le surgissement impromptu d'un groupe de cycliste en lycra jaune fluo et crissements de freins, interrompant sa solitaire contemplation trop exclusive.

Ajoutez à cela l'inconscience, la mauvaise volonté ou l'égoïsme qui sont des facteurs aggravants  assez bien répartis dans les populations sus nommées et vous aurez les raisons de tant d'antagonisme : d'un côté certaines associations cyclistes déterminées à tout se permettre, au risque de faire d'une partie de la forêt un playground pour deux roues ; et de l'autre des associations de préservation qui veulent tout interdire au risque de priver une frange de la population du rôle sociétal de la forêt.

Des solutions ?

La plus simple serait que chacun y mette du sien. C'est à dire que continuent à prévaloir les règles existantes du sens commun qui intiment à chacun de permettre aux autres la pratique du chemin dans les meilleures conditions, et qu'en bonne logique le plus rapide (a priori le cycliste, mais pas toujours) cède la priorité au moins rapide.

Ceci impliquerait cinq choses :

1/ que les cyclistes fassent preuve de prudence aux abords des passages sans visibilité et qu'ils ralentissent dans les portions étroites quand ils croisent des piétons (l'utilisation d'un ouvreur "prudent" qui donne le go aux suivants n'est pas bête mais ne garanti pas à 100% l'absence de piéton sur la trace) ;

2/ que les cyclistes renoncent à utiliser certains sentiers Denecourt lors des épisodes de fortes affluences ;

3/ que les piétons qui voient arriver des cyclistes s'écartent du chemin, dans la mesure du possible, pour les laisser passer ;

4/ que chacun, dans la bonne humeur d'une nature partagée, se salue en se croisant, ce qui, il faut bien le dire, n'est pas vraiment systématique. *1

5/ que prédomine toujours, dans tous les cas, l'intérêt commun et la préservation du site, de sa flore et de sa faune.

Malheureusement, force est de constater que le compromis n'a plus guère le vent en poupe depuis quelques temps. L'individualisme forcené gagnant du terrain, et les règles de sens commun énumérées plus haut n'étant plus universellement admises, il aura fallu trouver une autre solution qui semble avoir pris corps avec la création récente d'une piste réservée de VTT "technique" au Mont Ussy qui reprend pour partie des tracés "familiaux" déjà existants *2. Ce tracé VTT étant clairement identifié comme tel, il pourra probablement offrir plus de possibilités d'expression aux cyclistes dans un cadre plus sécurisé (les piétons étant clairement avertis de l'usage cycliste de la trace empruntée).

Cet unique tracé risque de s'avérer rapidement insuffisant et d'autres devront être ouverts. Pour autant permettront-ils d'endiguer la création de traces sauvages, y-compris dans des secteurs protégés, agrémentés de tremplins et aménagements ne respectant pas toujours la préservation du site ? Feront-ils diminuer les incivilités relevées sur les sentiers Denecourt, seront-ils suffisant pour faire retomber cette polémique ?

Personnellement je ne le crois pas. Il y a une forte dimension d'exploration dans la pratique du VTT et bon nombre de traces bleues continueront d'attirer les pratiquants à la recherche de secteurs engagés. Ce ne sont pas la création de 3 ou 4 traces supplémentaires "réservées" qui dissuaderont les aventuriers d'aller défier l'interdit sur des traces sympas. Certains y voyant d'ailleurs un attrait supplémentaire particulièrement excitant.

Vraiment, même si certains y verront de la naïveté, je crois que la seule et unique solution à ce dilemme est, et demeurera, notre capacité à partager l'espace publique dans le respect des autres. Chacun s'assurant à l'échelle individuelle de la préservation du site et de la possibilité laissée aux autres usagers de l'utiliser dans les meilleurs conditions. On sent bien intuitivement que la main laissée aux seules associations de cyclistes transformerait à terme la forêt en un terrain de jeu dédié à leur usage exclusif et que la prépondérance abandonnée aux associations de préservation interdirait exagérément à certains la pratique de leur passion. Il convient par conséquent comme toujours de favoriser un juste milieu que seule la raison, la bonne volonté et le bon sens permettront d'atteindre.

Pour cela il faudra que certains renoncent aux déclarations tonitruantes et excessivement clivantes qui ne peuvent qu'effrayer les vieilles dames conservatrices (mais influentes) locales. Il faudra aussi que certains écologistes locaux mettent de l'eau dans leur vin en concédant au rôle éminemment sociétal de notre forêt. Après tout, l'homme n'est qu'un animal élaboré qui a besoin d'assouvir ses besoins de nature et de loisirs : il ne saurait être considéré comme un intrus dans le biotope, qu'il soit à vélo ou pas.

Ce consensus devra être rapidement construit sur la nécessité puissante et incontournable de préservation de la faune et de la flore forestière qui devra guider les décisions futures. Nous allons sans aucun doute vers une augmentation drastique de la fréquentation, qu'elle soit pédestre ou cycliste, qui amplifiera fortement les divergences d'utilisation. Les différents acteurs locaux, pour de multiples raisons, essentiellement économiques, souhaitant développer cette fréquentation, notamment grâce à  l'obtention de statuts flatteurs et à fort attrait touristique ; seule le consensus et le bon sens pourront nous préserver des dégradations potentiellement irréversibles de la surfréquentation et des interdictions pures et dures qui deviendraient alors inévitables.

Responsabilité individuelle, éducation, respect, bon sens.


*1 / https://cetaitgreencomment.blogspot.fr/2016/04/mon-ami-cycliste.html
*2 / tracé bêtement saccagé : http://www.tl2b.com/2018/05/bleau-lonf-porte-plainte-suite-aux.html

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