dimanche 4 mars 2018

Forêt de Fontainebleau, le gros gâteau.


Si l'on peut prétendre sans se tromper que l'individualisme progresse dans notre société et que les notions de solidarité, d'entraide et de civisme perdent du terrain, il est un lieu, la forêt de Fontainebleau, où cette mutation s'exprime pleinement et à un rythme inquiétant.
En effet, là ou le sentiment d'appartenance à un groupe humain s'affaiblit, le respect du bien commun disparaît proportionnellement, jusqu'à, chez certains, autoriser des comportements asociaux, les fameuses incivilités.

Nous en avons encore, malheureusement, un parfait exemple avec la dégradation d'un rocher remarquable rapportée par l'équipe de la TL2B. Cette dégradation ayant été commise, d'après les premières constatations, pour permettre une meilleure prise d'élan à vélo sur un tremplin installé un peu plus loin.

Cette dégradation vient s'ajouter à une longue, très longue liste de méfaits, qui peuvent parfois paraître anodins mais dont la portée réelle ne doit pas être sous-estimée.

Il ne s'agit de rien de moins que la transformation de notre patrimoine forestier commun, au mépris de sa faune et de sa flore, en un terrain de jeu sauvagement privatisé pour permettre à une minorité, parfois à une poignée d'individus, d'assouvir sa passion.

On pense immédiatement aux raves sauvages organisées ici et là, parfois en plein cœur de la forêt, pendant le brame, 3000 watts poussés à fond pendant 48 heures, des déchets à la pelle abandonnés sur place. Pas mal ;

Les chasseurs qui ont tous les droits, ou presque, dont celui de se balader en gros 4x4 sur les chemins quand bon leur semble et d’agrainer toute l'année avec des tonnes de maïs, de tubercules divers et variés pour entretenir la présence des cervidés et suidés qu'on prendra beaucoup de plaisir à tuer en saison. Celui de tirer à balle avec une portée de 2km dans un espace publique. Celui de traquer à courre le cerf jusqu'à le pousser sur de grands axes routiers. Celui de flinguer à la lunette pendant le brame ;

Les adeptes du land art qui nous gratifient de leur vision très personnelle de la nature pour le meilleur et souvent pour le pire ;

Certains cyclistes qui empruntent les chemins très étroits comme les sentiers Denecourt sans considération pour les autres usagers ou qui organisent des event sauvages en tout terrain avec balisage permanent, y-compris dans certaines zones sensibles ;

Les grimpeurs de blocs qui, dans de fichues guéguerres d'égo et de jalousies en arrive parfois à endommager les rochers pour en interdire l'escalade ou permettre une première ;

Les trekkeurs qui balisent sans autorisation à la bombe de peinture les arbres et les rochers ;

Les imbéciles (litote) qui utilisent notre espace commun comme un dépotoir en y déversant des tonnes de déchets ;

Les gardes forestiers qui, dans certains secteurs, jouent de la bombe de peinture avec une telle frénésie qu'ils sont responsables d'une inacceptable pollution visuelle ;

Les gogos qui, pour approcher le cerf pendant le brame, se baladent en pleine nuit en forêt avec de puissantes lampes-torches ;

Les sauvages qui cassent irrémédiablement les arbres pour récupérer en saison les fruits du houx, les nèfles et châtaignes ;

Certains photographes animaliers qui contribuent par leur indélicatesse au stress de la faune ;

Et pour finir, la cerise sur le gâteaux, les adeptes des quads, motocross et autres engins motorisés qui tentent d'obtenir le droit de pénétrer en forêt légalement tout en s'y aventurant occasionnellement illégalement ;

On le voit bien à la lecture de cette liste non exhaustive, chacun veut sa part de forêt, chacun veut faire valoir sont supposé droit à l'utiliser comme bon lui semble, parfois même au prix d'une remise en cause de sa pérennité ou de son intégrité. Les antagonismes sont puissants et les appétits féroces, l'avenir s'annonce périlleux pour notre belle espace naturel au 7 statuts de protection.

Sa prochaine obtention du classement au patrimoine mondial de l'UNESCO, porté par le maire de Fontainebleau avec la bénédiction des AFF lui apportera un surplus de notoriété qui augmentera probablement très sensiblement sa fréquentation. C'est très bien, mais pour qui ? Certainement pas pour la préservation du site lui-même.


Pendant qu'on se félicite entre gens distingués, pendant qu'on porte l'art du compromis à des sommets stratosphériques, les amoureux de la forêt, ceux qui y vivent depuis toujours, qui l'ont dans le sang, voient bien le déclin qui s'opère, sentent bien que des forces s'exercent pour, non pas en garantir la pérennité et l'intégrité, mais s'assurer de son rendement ou la transformer en un gigantesque terrain de jeu de 20.000 hectares, manger une part du gâteau.

Souhaitons qu'une intelligence collective se fasse entendre et respecter, pour réfréner ce puissant courant d'égoïsme qui ne saurait, à terme, garantir la survie du joyau naturel commun que nous chérissons.


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