lundi 24 octobre 2016

Au fond des bois


Il y a des jours où tout va mal pour l'amateur de billebaudes naturalistes.
Parking encombré de visiteurs, randonneurs et cyclistes par paquets de 20, lumière triste et vague à l'âme.

Et puis, étonnamment, alors que rien ne le laissait présager, certains soirs sont magiques.
Pas un chat, juste l'homme au pas léger et les sons envoutants et feutrés de la forêt profonde pour l'accompagner. Le boîtier, son caillou et le monopode qui y est vissé semblent légers, prolongement naturel de l'oeil.

On pénètre avec délice dans l'écrin végétal qui recèle à coup sûr quelques merveilles encore jamais aperçues... Tout est affaire de potentialité. Le rêveur est toujours riche.
 
 


 En chemin, quelques petites constructions attirent l'attention, ici Hericium clathroides :

 

Pris d'une soudaine intuition motivée par un bruit, un souffle d'air, une odeur, on oblique à gauche, juste là sur cette minuscule coulée, lentement, très lentement, en retenant sa respiration pour ne pas effrayer le magnifique animal qui doit, qui devrait, qui aurait pu passer à découvert, fier et noble, à portée de photo, s'arrêtant juste un instant, celui du déclenchement, pour me regarder.





Et puis, communiant toujours avec le végétal, dans une stase étrange, entre chien et loup, quand la lumière tire sa révérence, vous prenez conscience de votre isolement. La forêt se mue en autre chose de plus primordiale, plus sauvage. Vous ressentez une douce chaleur qui remonte votre colonne vertébrale depuis des temps immémoriaux. Les bruits du jour s'éteignent et un silence pesant s'installe pour quelques instants. Vous flottez. Votre coeur bat. Les ombres vous observent, les arbres sont tortueux et la sente incertaine. Et puis, en quelques cris, quelques frottements ou battements, la faune nocturne s'installe, la nuit est là, les rêves photographiques s'envolent. La contemplation cède aux instincts, l'homme redevient animal.

Jusqu'à ce que, là-bas, droit devant moi, une ombre s'avance. Je m'assois. Elle s'arrête et m'observe.

Les minutes passent, une joie d'enfant m'étreint. 

Je lui parle tout bas, pour ne pas l'effrayer. Me laisseras-tu attraper mon boitier ? J'ai été sage tu sais, vraiment. Très sage. Si tu pouvais juste me laisser... Clic. Une photo, une seule, je te devine trop inquiète pour en supporter davantage.

Et toute cette gratitude qu'il est tant difficile d'accorder aux hommes, ces minutes qui passent dans la quiétude d'une rencontre nocturne au coeur de cette forêt que j'aime tant.  Ce cadeau qui ne tient plus guère dorénavant qu'à mon imagination tant la lumière est ténue.

Je recule finalement et laisse la sente libre à mon ombre. Je rentrerai par une autre voie.
 


Ce paquet de pixels artificiellement éclaircis, finalement, quelle vulgarité. Tellement étranger aux émotions du moment...