dimanche 31 juillet 2016

Contre toute raison

En suivant divers échanges concernant la durabilité et la pérennité "productive" des forêts cultivées comme celle de Fontainebleau, je me rends compte à quel point, parfois, les esprits peuvent s'écarter du simple bon sens. Il faut être clair : une forêt dirigée dans une optique de production, dans laquelle on récolte la quasi intégralité des arbres matures sans jamais laisser au sol davantage que quelques houppiers ou branches secondaires (rémanents) n'est pas, à long terme, une forêt pérenne. Elle perdra mécaniquement de sa capacité régénérative, les sols s'acidifiant peu à peu, a fortiori dans des sols meubles et sableux comme à Fontainebleau.
S'en suivra automatiquement une baisse de la production végétale et pour le forestier l'obligation de mobiliser des sujets plus jeunes.
Si ce simple constat de bon sens ne semble pas toujours admis en France, il est par contre totalement intégré par nos amis canadiens (voir le petit texte en bas) :


Il faut d'ailleurs rappeler que la physionomie d'une forêt dont les cycles naturelles sont respectés, c'est à dire sans intervention humaine directe, n'a que peu de ressemblance avec nos forêts de production :


Elles sont la plupart du temps totalement impénétrables. Certains secteurs de protection intégrale à Fontainebleau commencent d'ailleurs à présenter ce type d'aspect. Ces secteurs, bien que souvent décriés, sont très importants. Ils permettront à long terme de mesurer la capacité d'une forêt de production à rétablir du substrat et à revenir sur des capacités génératives normales. Certaines études tendent dors et déjà à prouver que ce retour à l'équilibre est très long.

Bref, étant donné l'état sanitaire de la forêt de Fontainebleau, catastrophique dans certaines parcelles, et la mise en application du nouveau plan d'aménagement forestier qui préconise pour les 20 prochaines années le prélèvement de 47.000 m3 de bois par an alors que la production biologique moyenne est estimée à 36.600 m3, on est en droit de se demander s'il n'est pas question ici davantage d'une fuite en avant par la liquidation de notre patrimoine (dans le cadre des dispositions du grenelle de l'environnement et de l'utilisation des "énergies renouvelables" - un comble) que de gestion équilibrée et raisonnable.

L'avenir nous le dira... où le dira à nos enfants. Malheureusement, il faut reconnaître qu'en matière de préservation et de gestion des ressources, l'expérience montre que la mobilisation des intelligences n'est pas toujours un gage de performance.



Sur l'utilisation de la biomasse forestière : http://prodinra.inra.fr/ft?id={11290179-BD55-4AFA-8550-F3995979CD69}
Sur le plan d'aménagement forestier bellifontain : http://www.tl2b.com/2015/12/fontainebleau-le-nouveau-plan.html