jeudi 9 juin 2016

Regards de l'Ouest

Le regard de l'animal reste en mémoire. Même l'oeil rivé à votre boîtier photographique, il vous transperce, la machine et vous, pour atteindre et imprégner jusqu'aux recoins les moins conscients de l'âme. Finalement, des années plus tard, c'est lui qui demeure, presque exclusivement, ou du moins l'émotion qu'il a transmise.

Dans l'ouest du Canada, on peut encore trouver une faune sauvage, prédatrice, au regard qui ne triche pas. L'ours ne rigole pas, il a mauvais caractère et l'arbore fièrement. L'ourson de trois mois n'a que peut de chance de survivre, on dirait qu'il le pressent, ses yeux sont inquiétude. L'aigle pêcheur, ou pygargue à tête blanche, fond sur ses proies avec une acuité et une précision redoutable, tout dans son allure le clame. Et le loup, enfin, qui a échappé à des millénaires de domestication humaine, n'est pas un chien, son regard pénétrant et sauvage l'attestent, pas d'erreur possible ; l'impression qu'il fait sur l'homme fait resurgir de lointaines et instinctives craintes.


On n'est jamais tout a fait préparé à de tels face à face. On connaît le théorie évidemment, les statistiques qui précisent que les accidents sont très rares mais... Tout de même, quand on entend son souffle, un frisson surgit. La pratique, il n'y a que ça de vrai.



C'est beau, c'est attendrissant. C'est curieux et joueur. Mais au fait, où est la maman ?



Un pygargue à la chasse, même si c'est commun en Amérique du Nord, reste un spectacle magnifique. Son regard est d'une expressivité sans pareil. On ne se lasse pas d'admirer sa technique d'observation et sa parfaite maîtrise du vent. Un régal.



Celui-là c'est autre chose, on monte d'un cran. Le loup gris surgit par surprise pour dévisager le photographe posté pour observer l'ours. Il hurle lentement en vous regardant, en vous transperçant les tripes d'un regard qui semble contenir toute la nature sauvage. Ensuite, tranquillement, sûr de son effet, il s'éloigne en trottinant jusqu'à disparaître dans la forêt impénétrable.
Et vous restez là, comme ça, bouche ouverte, en apnée, à vous demander si tout ceci est bien réel. Changé à jamais.