dimanche 24 avril 2016

Atomique paradoxe.

Les nombreuses heures passées en billebaude en ce printemps 2016 me laissent une désagréable impression de fin de cycle. Epoque heureuse, pas si lointaine, où chaque sortie en avril/mai était synonyme de contacts nombreux avec la grande faune et de clichés à trier.

Jamais auparavant un tel vide, un tel silence dénué d'observation de la grande faune bellifontaine ne m'avait accompagné durant mes premières sorties printanières. Seulement le bruit de mes pas.

Une impression de fin du monde, de champs après la bataille, de calme après une catastrophe, lorsque juste quelques chants timides d'oiseaux viennent troubler le silence pesant.
Un silence surnaturel en quelque sorte.

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Dans une telle ambiance, l'esprit vagabonde et ramène parfois à certaines lectures. Me revient en tête justement un article de Sciences et Avenir évoquant la prolifération de la faune à Pripiat, la ville proche de Tchernobyl évacuée il y à 30 ans.


Mes yeux scrutent machinalement le sol à la recherche d'une empreinte de biche ou de sanglier. Rien. Seulement des traces de roue de voitures ou d'engins de débardage.

A Pripiat donc, la faune est bien plus nombreuse que dans les autres parcs nationaux du pays !
La grande faune a proliféré, les grands prédateurs aussi, logiquement.

Je fais immédiatement le rapprochement entre l'abondance animale là-bas et le vide abyssal que je constate. Étonnant paradoxe qu'une des zones naturelles françaises parmi les mieux protégées du pays (7 statuts de protection différents) soit infiniment moins riche en faune sauvage qu'un secteur interdit et baigné de radioactivité !

Une forme étrange là-bas sur un monticule herbeux, je me fige et vérifie dans mon boitier photo. Non, juste quelques morceaux de ferraille rouillée laissés là sans doute par des bûcherons indélicats.

Pripiat, Fontainebleau, Pripiat... Quel est donc la différence fondamentale, le truc qui change tout, qui fasse qu'il y ait abondance là-bas et rareté ici ? En réfléchissant, deux explications possibles : le facteur humain ou la radioactivité.

Je laisse à main droite un tas de gravas abandonné. Ils viennent de plus en plus loin au coeur dorénavant.

J'écarte immédiatement le facteur humain : à Fontainebleau, on peut être sereins, la forêt est organisée par les marchands de planches et défendue par les chasseurs. Aucun problème donc.



Mais alors...
Finalement, c'est limpide, lumineux, ce qui change tout c'est la radioactivité. C'est l'évidence même. Fontainebleau a rapidement besoin de rayons gamma !

Il nous faut du Becquerel en quantité puisqu'il semble salvateur pour la faune. Il faut que ça crépite ! On devrait pouvoir du côté de la Hague nous arranger un bon petit épandage, façon agent orange.

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J'arrive à la nuit sur le parking. Bredouille mais rasséréné. J'ai la solution. J'ai compris. 

Reste à convaincre l'ONF. Je me demande si le matériau bois radioactif est labellisable FSC ?


2 commentaires:

Stéphane ROHER a dit…

De mon côté la période succédant directement à la chasse est peu propice à la rencontre du gibier. Ce dernier est encore très méfiant et reste au fond de la forêt, dissimulé. Par contre j'observe quand même les traces. Je suis basé dans le département 10, forêt d'Othe pour un peu plus précis ;-)
www.othenature.com

Nicolas Flory a dit…

Bonjour Stéphane. Malheureusement plusieurs phénomènes expliquent la franche diminution des observations au coeur de la forêt de Fontainebleau : hausse constante de la fréquentation (promeneurs, cyclistes, joggeurs, etc.), multiplication des coupes de bois, utilisation illégales (raves, véhicules à moteurs, etc.) se conjuguent pour stresser une faune déjà malmenée par plusieurs mois de chasse (4 jours par semaine en période). Par conséquent, pour y faire face, soit elle adopte carrément des mœurs nocturnes pour être tranquille, soit elle trouve refuge à la périphérie de la forêt, par exemple dans des bois privés ou des cultures (ce qui semble confirmé par l'observation) qui sont paradoxalement plus calmes. Typiquement à Fontainebleau, les plus belles observations de cervidés se font au brame ou en ce moment à l'apparition des jeunes feuilles sur les arbres. Chaque année je visite mes places habituelles, souvent au coeur du massif, et chaque année je constate une diminution des observations. J'en essaie de nouvelles sans grand succès non plus. Par contre des amis photographes me rapportent une augmentation des observations à la lisière ou à la périphérie. Il y a donc bien à mon avis une adaptation de la faune en ce sens.