samedi 23 janvier 2016

Bête et bêtise ou crise intense de bon sens.



Ce fameux cerf qui défraie tant la chronique depuis quelques jours dans la région de Fontainebleau aura une fois de plus révélé l'étrange partisanerie de nos gazettes locales.

Pour mémoire, l'animal traqué par l'équipage de chasse à courre s'est vu contraint de traverser le boulevard de Constance au milieu du trafique :


Le simple bon sens et le minimum vital de connaissance relative à cette forme de chasse permet naturellement de prétendre que cette chasse à été mal conduite et qu'en aucun cas un tel aléa, avec tous les risques graves qu'il comporte, aurait dû survenir.

Dans tous les cas de figure, une chasse à courre qui conduit l'animal dans un secteur très urbanisé ou qui le pousse au franchissement d'un axe routier très fréquenté est une mauvaise chasse, résultant de l'entêtement du veneur ou de chiens mal tenus.

Il est parfaitement évident qu'en aucun cas l'animal, qui lutte pour sa vie, ne peut être tenu pour responsable de sa stratégie de fuite. Seul le veneur est blâmable en l'espèce.

Cela étant précisé, Yoann Vallier de la République de Seine et Marne, titre sans sourciller dans l'édition du 18 janvier, à propos de cette mésaventure : "Un cerf sème la pagaille en ville" !

Non, ce n'est pas le cerf qui a semé la pagaille en ville, mais l'équipage de chasse à courre, en l'acculant à cette extrémité, qui à semé la pagaille et a bien failli provoquer un désastre !

On sait la presse locale inquiète de sécurité routière et prompte à désigner, avec les chasseurs et l'ONF, la faune sauvage comme étant le principal danger sur nos routes. Ici, par cet artifice de titrage, on impute à la bête traquée la responsabilité de l'incident. C'est évidemment un habillage grotesque de la réalité. Il s'agit ni plus ni moins d'une mauvaise chasse qui aurait pu se terminer dramatiquement en provoquant un grave accident de circulation sur un axe très fréquenté. J'en connais qui ont du sentir le vent du boulet à l'Office...

Déjà le 16 janvier sur internet on pouvait lire le même article, une sorte de tribune justificative assurée par "Gilles Billault, responsable communication à la Fédération Départementale des Chasseurs 77" intitulée cette fois : "On ne chasse pas le cerf n'importe comment".

Et bien si, Messieurs, de toute évidence, ce cerf a été chassé n'importe comment. La communication ne fait pas tout, les faits sont tenaces.

Par ailleurs, il me semble qu'un minimum d'impartialité journalistique aurait exigé que parole fut donnée à une association naturaliste, même docile, afin qu'un second avis soit exprimé et que soit atténué la désagréable impression que notre bonne vielle "Rep" n'est plus qu'un porte-voix de commandite.

Il est également utile de rappeler à ceux qui s'inquiètent du danger que représenteraient la faune sauvage pour le trafique routier dans la forêt de Fontainebleau (la République de S&M s'en est fait une sorte de spécialité), que la chasse, telle qu'elle est pratiquée actuellement, n'est pas étrangère aux mouvements de populations de suidés et de cervidés. Cet incident l'illustre particulièrement.

Le cerf, rye Royale, avant sa traversée du boulevard de Constance (photo fournie par Mme Michel de Fontainebleau)
Faut-il le rappeler ? Ce n'est pas le cerf qui est dangereux mais le chasseur qui l'a poussé là !

A quand une chasse raisonnée et raisonnable à Fontainebleau ?