lundi 26 octobre 2015

L'affaire du Grand Veneur

Réaction humoristique à l'émission de France Culture :
http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-a-fontainebleau-le-recours-aux-forets-2015-10-20

Donnée dans le dernier article de la TL2B :
http://www.tl2b.com/2015/10/fontainebleau-le-recours-aux-forets-un.html
(Belle intervention de Greg au demeurant).

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Incroyable d'évoquer avec tant de légèreté notre plus vieux chasseur, le Grand Veneur !
Pour tous ceux qui comme moi le redoutent depuis leurs premiers soirs, il y a de la provocation dans les ridicules hululements de l'intervenant. Il faut être bien impie pour se livrer à une telle mascarade.

Arpentez-là cette forêt, des années durant, seul, à la fin du jour, dans ses travées les plus obscures et reculées. Quand la pauvre sente, presque entièrement évanouie, laisse la place à l'inconnu, quand le son lui-même, altéré par l'épaisseur et l'humidité de l'air, se fait l'allié d'une faune nocturne, patiente, prudente, invisible. Lorsque la terre chargée d'humus vous etourdie de ses muscs et qu'un bruit inconnu, persistant, comme un frôlement, vous entoure peu à peu. Quand l'animal que vous demeurez, aux abois, sent son échine frémir et son crâne bouillir des résurgences de sensations primitives oubliées. Lorsque ces archaïsmes vous précipitent dans l'irrationnel et qu'un sang bouillonnant bat à vos tempes : le Grand Veneur est là, quelque part, se repaissant de votre hébétude.

Vous le sentez près de vous lorsque vous décidez de rentrer. Vous le devinez derrière une souche ou une branche lorsque vous hésitez sur la direction à prendre, à la lueur de la lune, pour rejoindre votre voiture stationnée si loin. Vous pressez le pas, il est sur vos talons. Vous respirez profondément en tentant de vous raisonner : il est dans chaque goulée d'air. La voiture est au bout, vous y êtes presque, les cent derniers mètres sont interminables, il vous semble que le cor est joué au loin, il va surgir là, juste devant vous, dans une apogée de terreur, vapeur horrifique, juché sur son démon de cheval aux yeux rougeoyants, accompagné de sa meute toute entière de crocs et d'os. 

Vous montez finalement dans votre voiture, ce soulagement inavoué : lui enfin, satisfait du travail accompli et de l'ordre du monde.

Il faut être bien suffisant pour s'en moquer. Moi qui l'ai vu, une fois, comme je vous vois, je le dis à ces messieurs : allez-y à la tombée d'une nuit sans étoiles, en novembre, quand les formes s'estompent et se confondent, loin au coeur, là où l'on n'entend plus rien que le sien, il sera là, oh oui ! Il y est toujours.

Grand Veneur à pied (et oui !) aperçu le coeur battant.