dimanche 3 mai 2015

Le messager

Posté en bas d'une casse en lisière d'un bosquet, à la nuit tombante, je m'amuse à cadrer un bouquetin qui broute tranquillement sur une crête.

Capra ibex sur crête.

Je profite l'oeil au viseur de cet instant de quiétude quand j'entends derrière moi un très léger frottement. A quelques mètres un beau mâle curieux s'est immobilisé et m'observe.

Capra ibex : contact
Nous restons ainsi plusieurs minutes immobiles, lui imperturbable, moi tentant de réguler ma respiration troublée à la fois par cette proximité et le froid glacial de ce début de printemps. Je m'interroge, un contact aussi rapproché est-il totalement sans danger ? L'animal est tout de même imposant et l'époque est aux luttes hiérarchiques... Qu'importe, l'instant se prolonge : il est d'importance.

Finalement il faut bien respecter un des préceptes fondamentaux du naturaliste qui commande d'éviter les contacts avec la faune sauvage : je descends lentement de mon perchoir non sans immortaliser mon nouvel ami qui ne me quitte pas des yeux.

Capra ibex : sourire ?
Nous nous observons réciproquement encore de longues minutes. Je ne parviens pas à le quitter et me surprends à sombrer dans l’anthropomorphisme en lui trouvant une gueule sympathique et souriante. Une sorte de frustration s'empare de moi. Quel dommage que nous ne puissions communiquer plus avant.

Je me ressaisi en le quittant définitivement. Il a communiqué évidemment. Les mots sont inutiles. Le message qu'il vient de me délivrer est limpide. Je redescend la montagne d'un pas léger, le sourire aux lèvres.