dimanche 20 avril 2014

Rentabilisation aux forceps


Au moment où se joue peut-être l'avenir de la Forêt de Fontainebleau, j'entends et je lis qu'on s'inquiète chaque jour davantage de rentabiliser les espaces forestiers publiques. Au point d'ailleurs de suggérer d'en faire payer l'accès sur le modèle des parc nationaux nord-américains.

La balance extérieure de l'industrie de coupe et sciage française est paraît-il fort déséquilibrée. La capacité de transformation du bois est supérieure au volume de coupe nationale. Certes, mais ce seul argument peut-il suffire à augmenter les volumes de "mobilisations" à des niveaux supérieurs à la capacité de génération naturelle de la forêt ? Doit-on augmenter les coupes au point de transformer durablement le visage même des espaces forestiers, leur densité, leur richesse, leur biodiversité, leur... beauté, au point que les générations futures n'en auront un aperçu qu'en regardant de vieilles photographies ?


En un mot, peut-on sacrifier à la rentabilité et à une économie libérale destructrice un tel patrimoine, notre patrimoine commun, au rôle central et éminemment social qui est, rappelons-le, le loisir préféré de 52% des français ?


L'Etat a demandé à l'ONF de consentir d'énormes efforts de restructurations et d'économies, au point que, faute de budget équilibré, son avenir serait menacé. N'en déplaise aux naïfs.
Ainsi, pour atteindre ce sacro-saint équilibre budgétaire, certains émettent l'hypothèse de faire payer un droit d'accès à la forêt. Evidemment, il faut s'y opposer avec force ! Le désengagement massif de l'Etat dans ses prérogatives de gestion des espaces et patrimoines naturels est inacceptable. Il me semble que la forêt, dont le rôle social est indéniablement central dans la vie d'une majorité de français qui la conçoive comme leur lieu de loisir préféré, comme un lieu de ressourcement, de découverte et d'émerveillement, devrait impérativement être gérée grâce aux ressources prélevées collectivement, proportionnellement et solidairement acquittées par les français : les impôts.

J'ai pleinement l'impression de payer mon droit d'entrée dans la forêt publique française lorsque je m'acquitte de mes impôts au trésor français. Et je suis heureux que, par un système de solidarité, les plus pauvres qui ne payent pas d'impôt, puissent en profiter également. 


Nous devons être très vigilants à l'avenir de notre belle forêt car elle est localement l'indicateur de ce que notre société est entrain de se transformer dans sa globalité. Rentabilité et intégration au système libéral et marchand du monde du vivant, dans tous ses aspects. Le respect, l'introspection, l'émerveillement, la solidarité, la beauté, l'éducation sont des concepts qui ne pèsent pas lourd face aux plus grands prédateurs que notre forêt n'ait jamais connue. Des concepts qui ne se valorisent pas, qui ne se monétisent pas sont ignorés ou méprisés. Ce sont pourtant ceux qui cimentent la société que nous connaissions jusqu'ici.


Quel sera notre futur au sein d'une société qui aura abattu toutes ses forêts ou réservé son accès aux plus riches ?