lundi 20 mai 2013

Billebaude bellifontaine : à propos de la sécurité

Il existe quelques principes de sécurité que l'amateur de billebaude photographique devrait toujours respecter pour éviter certains désagréments.

Contrairement à une idée malheureusement répandue jusque dans les rangs des photographes de natures amateurs (c'est une discussion avec l'un d'eux qui m’incite à la rédaction de cette note), le plus grand danger qui guette le photographe à Fontainebleau n'est pas le sanglier colérique. Non.

Les deux véritables dangers "endogènes" bellifontains sont la tique et la vipère aspic qui peuvent transmettre une maladie lourde pour la première et une quantité de venin potentiellement mortel pour la seconde (même si les accidents de ce type sont rarissimes).

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tique
Les stations prolongées dans les hautes herbes ou les fougères sont propices à la transmission des tiques.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Vip%C3%A8re_aspic
La vipère aspic aime les zones humides et les trous dans les rochers dans lesquels elle se love pour profiter de la chaleur. Attention donc aux platières qui combinent ces deux attributs.

Outre ceux-ci, il existe quelques risques "exogènes" et/ou conjoncturels liés au comportement animal, à la météo ou à la bêtise humaine.

Le sanglier d'abord, puisqu'il est question de lui, est un animal rustique à la vue et à l'ouïe assez médiocres. Il n'est en générale pas capable dans de mauvaises conditions de lumière de déterminer précisément si la forme humanoïde qu'il distingue est un danger ou non, ce qui, par défaut en cas de doute, l'incite systématiquement à fuir. Ce paramètre est important dans la compréhension de son comportement qui peut parfois paraître hiératique.



Il n'y a donc généralement aucun danger à rencontrer le sanglier, à condition de se souvenir qu'il existe pourtant quelques rares situations où un risque existe :

1/ laie suitée
Il conviendra dans ce cas d'être particulièrement vigilant, d'une part à ne pas déclencher la dispersion des marcassins par une trop grande proximité et d'autre part à ne jamais se placer entre les marcassins et la laie, surtout dans des conditions peu lumineuses. Dans ce cas, celle-ci peut, dans un mouvement de panique, tenter de rejoindre ses petits dans une course qui peut être prise à tort pour une charge par un individu mal positionné sur sa trajectoire.

2/ progression en coulée
La même méprise peut être commise lors d'une progression furtive dans une coulée, surtout lorsque celle-ci traverse des herbes hautes ou des fougères. L'animal, surtout le sanglier, se déplace le groin au sol avec peu de visibilité, parfois très rapidement s'il fuit un danger ou poursuit une proie. L'individu qui va à sa rencontre, les vitesses se cumulant, n'a que très peu de temps pour sortir de la coulée et éviter ainsi un contact pouvant se solder par de graves blessures.

D'une manière générale, la progression en coulée doit être proscrite car trop perturbante pour le milieu. Les traces olfactives laissées par l'homme peuvent perdurer assez longtemps pour perturber durablement les habitus de la grande faune.

3/ bête blessée
Même s'il est très rare de rencontrer de la grande faune blessée au point de ne plus se mouvoir qu'avec difficulté ou ne plus se mouvoir du tout, il faut toujours garder à l'esprit qu'un animal blessé est un animal qui lutte pour sa vie et qu'il est par conséquent dangereux. A l'instar du cerf qui conserve toujours, même aux abois, une dernière parcelle d'énergie pour tenter de percer le piqueux, le sanglier peut se montrer agressif dans ce cas précis.

Si vous apercevez un animal blessé, la consigne est quoiqu'il arrive de ne pas s'en approcher, surtout s'il s'agit d'un jeune. L'odeur de l'homme provoquerait immanquablement son abandon par ses parents. Je ne suis pas certain du résultat mais vous pouvez tenter d'en informer l'ONF de Fontainebleau au 01.60.74.93.50. ou son service chasse au 01.60.74.77.70.

Les cas avérés de charges sur des humains sont à ma connaissance rarissimes. Le photographe pourra tout de même être confronté en cas de présence de marcassins à une attitude de la laie dominante qui peut être apparentée à une tentative t'intimidation. La femelle se positionne entre l'intrus et les marcassins, lui fait face en émettant une sorte de grognement sourd ressemblant à celui d'un gros chien tout en claquant des dents très bruyamment. Cette posture très impressionnante et dissuasive ne dure que les quelques secondes nécessaires à la fuite des jeunes (mais reste gravée dans la mémoire du photographe, croyez-moi).


Au sujet de la grande faune, nous venons d'évoquer je pense les seuls véritables risques susceptibles d'être rencontrés par le photographe bellifontain. Je n'évoquerai pas ceux liés à de mauvaises pratiques tels que les contacts rapprochés avec le cerf pendant le brame qui, en tous cas à ma connaissance, n'ont jamais été rapportés dans notre forêt.


La météo ne doit pas être négligée lors de sorties forestières. Elle peut être le vecteur de désagréments non négligeables :

1/ le vent
Il peut constituer un véritable risque surtout dans les secteurs composés d'arbres vieillissants. Branches qui cassent, arbres qui se brisent ou se déracinent sont autant de dangers qui doivent inciter le photographe à la prudence. Il est très fortement déconseillé de s'aventurer en forêt pendant un fort épisode venteux. Ceux qui ont vu en 1999 les arbres tomber comme des dominos savent à quel point ce danger est réel.


2/ la foudre
Il n'y a pas de danger direct si vous êtes pris par l'orage en forêt, sauf à ce qu'il soit accompagné de fortes rafales de vents. La seule véritable précaution à prendre est d'éviter de se mettre à l'abris sous un arbre qui dominerait ceux du secteur par sa taille. En clair, il est préférable de ne pas s'abriter sous un arbre en cas d'orage. Evidemment puisque nous sommes en forêt il n'est pas toujours possible de trouver une alternative ! Dans ce cas, abritez-vous sous le plus petit arbre du secteur en évitant le contact direct avec son tronc. Oubliez le plus beau et le plus grand car c'est le favori de la fée électricité !

Autre précaution indispensable : lâchez votre trépied, monopode, bâton de marche, bref, tout ce qui pourrait être susceptible de vous transformer en paratonnerre !

3/ la brume, le brouillard
Tout le monde peut s'égarer en forêt. Même ceux qui pensent la connaître par coeur. Il suffit d'un peu de brouillard pour occulter les repères et désorienter même les plus aguerris. Même s'il n'y a pas grand risque à s'égarer à Fontainebleau (en marchant tout droit, on est jamais très loin d'une route), je conseille toujours d'avoir une petite boussole sur sois. Cela peut toujours s'avérer utile pour décider d'un azimut à prendre, même grossièrement. Les systèmes GPS actuels et certains smartphones peuvent également vous aider à retrouver votre point de départ. Pouvoir téléphoner en cas de nécessité peut vous sauver d'une nuit à la belle étoile. Sympa l'été mais fort contrariant en plein hiver !



La bêtise humaine ne doit jamais être sous-estimée, en aucune circonstance. Puisque réputée infinie, la liste suivante ne saurait être exhaustive :

1/ la balle perdue
La chasse à balle étant pratiqué à Fontainebleau et les statistiques prouvant qu'un accident est toujours possible, il est très fortement recommandé en saison chassée de vous assurer qu'aucune battue n'est prévue dans la zone que vous envisagez d'explorer. Cette page de l'ONF vous donnera les dates et les parcelles potentielles. Il est préférable d'appeler directement le service chasse la veille de votre billebaude pour avoir une localisation précise :


photo réalisée sans trucage

2/ la traque intempestive
Tout comme le chasseur, le photographe peut parfois manquer de bon sens. Tout entier absorbé par sa passion, il oublie la règle élémentaire du naturaliste qui est qu'une billebaude réussie est une billebaude sans impact sur le milieu. En conséquence certains comportements doivent impérativement être proscrit :
  • dès lors que le photographe observe un sujet, il doit tout mettre en oeuvre pour ne pas l'inquiéter,
  • dès lors que le photographe inquiète son sujet, il doit tout mettre en oeuvre pour éviter d'en provoquer la fuite panique,
  • dès lors que le photographe a provoqué la fuite de son sujet, il ne doit en aucun cas tenter de le suivre (cela n'aurait de toutes façons que très peu de chance de fonctionner - de recouper - avec un sanglier et quasiment aucune chance avec un cervidé),
  • dès lors que le photographe traque (bêtement) sont sujet, il ne doit en aucun cas le pousser vers une route ou des habitations. Il y a là un risque grave pour l'animal et les automobilistes.

3/ le facteur humain
Une mauvaise rencontre est toujours possible dans une forêt. Sans sombrer dans une paranoïa extrême, ce billet serait incomplet s'il ne faisait pas état de certaines "utilisations" exotiques de notre espace publique commun. Que ce soit pour la prostitution ou dans le cadre de rencontres "libres", il existe dans le massif bellifontain certains "spots" bien connus des spécialistes où les photographes sont plutôt considérés comme indésirables. Sauf à vouloir enquêter sur le sordide de ce qui est imposé aux jeunes roumaines tapinant sur les bords des routes ou vouloir en apprendre davantage sur certains usages bucoliques de groupe, je recommande d'éviter ces quelques secteurs pendant les périodes d'affluence. Rien qui ne pourrait choquer le véritable naturaliste mais tout de même...


En conclusion, le photographe naturaliste peut venir pratiquer la billebaude à Fontainebleau sans danger s'il  observe quelques petites règles de bon sens, notamment avec le placide sanglier qui, sauf à de très rares exceptions évoquées plus haut, détalera devant lui. Aucune raison, donc, de se priver de beauté et de moments contemplatifs intenses lorsque - bien calé dans le viseur - vous suivrez l'évolution d'une biche au gagnage ou d'une compagnie de sangliers se vautrant dans sa souille...