mardi 27 novembre 2018

Eagle Lake, BC


Introspection, sérénité, réflexion, contemplation.
Silence.
Photographie.


dimanche 25 novembre 2018

Statistique à gogo

Si une bonne méthodologie statistique peut quantifier les gogos, il est beaucoup plus rare que les gogos parviennent à user d'une bonne méthodologie statistique.

En forêt de Fontainebleau, chaque année, l'hiver finissant nous procure l’opportunité de vérifier cette assertion provocatrice.

En effet, de fiers équipages, équipées et motivées, embarquent dans des automobiles pour sillonner à vitesse réduite, nuitamment, les routes de notre belle forêt protégée. Leur mission ? A l'aide de projecteurs puissants maniés par les personnels de l'arrière, débusquer la faune de bord de route, l'identifier avant qu'elle ne prenne la poudre d'escampette et permettre au personnel de l'avant de consigner ces observations dans un carnet qu'on imagine préparé à cet effet. Accumuler des données pour en faire de la statistique.

L'ONF, qui communique, nous informe de l'opération ici.

La fantaisie de l'opération, aussi bien dans sa méthodologie que dans sa mise en œuvre peut à juste titre laisser sceptique, voire goguenard.  Malheureusement, si l'on considère que c'est essentiellement sur cette base approximative que sont élaborées les communications du gestionnaire et les politiques de prélèvement, il y a largement de quoi se questionner.

Qui pourra prétendre sans trembler qu'il est capable d'identifier à coup sûr un animal, son âge et son sexe, en pleine nuit, grâce à ses yeux renvoyant le faisceau d'un projecteur ? 

Qui pourra assurer sérieusement qu'un même animal n'est pas consigné plusieurs fois ? Cinq ou six fois par des équipes différentes ?

Comment ne pas se questionner sur le fait que ce soit les chasseurs qui effectuent les comptages qui détermineront la quantité d'animaux qu'ils seront ensuite autorisés à prélever ?

On sent bien qu'un Indice Nocturne d'Abondance (INA) construit de la sorte, ne peut pas être efficient à Fontainebleau, une forêt soumise à de multiples et constantes interventions humaines. On imagine sans peine qu'une parcelle fraichement soumise à mobilisation (ntd : abattage) avec toutes les perturbations engendrées à cette occasion, ne retrouvera que très lentement sa population animale antérieure à l'opération. Une clôture installée pour protéger un plantier altère l'habitus de la faune dans des proportions importantes qu'il reste à étudier sérieusement. On se doute que les manifestations légales et interdites de toutes sortes on un impact fort sur la localisation de la grande faune. Je pense notamment au raves sauvages qui se multiplient en forêt et qui provoquent temporairement de grandes perturbations dans la distribution géographique de la faune. Ceux qui vivent la forêt depuis longtemps et avec assiduité, savent bien que cette répartition change, que certaines parcelles peuvent être abandonnées par la faune et à contrario, d'autre nouvellement fréquentées, pour des raisons qui nous échappent parfois.

La pluviométrie est également un facteur perturbant fort. Telle mare asséché n'aura plus d'effet de convergence quand une autre toujours alimentée attirera à elle davantage de faune. N'oublions pas les pratiques de chasse qui concourent elles aussi dans une certaine mesure aux mouvement de la faune (Allez trouver un cervidé dans les secteurs chassés plusieurs fois à la suite par les veneurs...). Il faudra souvent plusieurs semaines pour retrouver tout ou partie des animaux dont c'est le territoire habituel.

Le nourrissage de la grande faune, dont l'agrainage, qui est utilisé quasiment toute l'année pour fixer certaines populations sur quelques zones précises, contribue artificiellement à modifier les comportements et les répartitions spatiales de certaines espèces. On espère d'ailleurs que les circuits de comptage nocturne "toujours les mêmes", ne tangentent pas ces zones...

Bref, il est déplorable que dans une forêt aux sept statuts de protection, une forêt que certains veulent voir intégrer à l'inventaire de l'UNESCO, nous ne soyons pas en mesure d'obtenir des statistiques un peu plus fiables que celles qui nous sont proposées aujourd'hui. Encore faut-il qu'il existe une véritable volonté de construire ces statistiques et de dissiper cette approximation, ce flou artistique préservant de l’acuité froide et indisciplinée de la réalité algébrique.

La qualité des informations de suivi d'une faune, indispensable à une bonne gestion, ne pourra s'obtenir que grâce à une présence constante sur le terrain, efficiente et formée aux recensements. Qui d'autres que les gardes forestiers pourraient en l’occurrence être chargés de ces suivis ?

Je parle de vrais gardes forestiers, c'est à dire des agents de terrains, davantage formés à la biologie qu'à l'économie, délivrés des tâches administratives qui les clouent derrière un bureau, aptes à élaborer un véritable suivi qualitatif et quantitatif de la flore et de la faune présente sur le secteur dont ils ont la charge. Du personnel aux prérogatives claires et fortes, non pas au service de l'industrie forestière mais à celle de la préservation de notre bien commun que constitue le patrimoine forestier. Du personnel à qui l'on donnerait un budget adapté à sa fonction et à la haute qualité du patrimoine dont il a la responsabilité, des hommes et des femmes pas seulement jugés sur leur capacité à générer du chiffre d'affaires.

Un vœu pieux sans doute, mais que je sais partagé par beaucoup, y-compris les premiers intéressés.

Inutile de préciser que si d'aventure le traitement réservé à la SNCF devait à terme s'appliquer à l'ONF, ce que beaucoup redoutent, le mode de gestion privatisé qui serait mis en place ne permettrait en aucun cas de pouvoir disposer de tels postes, totalement superfétatoires dans un environnement concurrentiel ultra libéral.

En attendant, puisque la méthodologie motorisée de la construction statistique bellifontaine semble convenir à tous, continuons d'en accepter l'augure, au moins parce que nous n'avons pas souvent l'occasion, par les temps qui courent, de rire de bon cœur.

samedi 24 novembre 2018

Melckone, l'application de cohabitation pose question.

Melckone est une application installable sur un téléphone portable dont le but est de faciliter la cohabitation des chasseurs et des autres usagers de la nature :





Le principe est simple, un gestionnaire de chasse peut délimiter sur une carte une zone chassée et déterminer sa date et ses horaires. Le promeneur équipé de l'application est géolocalisé par son téléphone et averti de la proximité d'un secteur chassé le cas échéant. Les chasseurs équipés de la balise de sécurité de la marque deviennent visibles sur l'application et sont alertés de la présence du promeneur à proximité. Au moins en théorie, ce système semble effectivement pouvoir minimiser les risques d'accidents.

Évidemment, même si l'idée est intéressante et la mise en œuvre assez simple, on peut douter de l'efficacité de ce système pour plusieurs raisons :

1/ Pour être vraiment sécurisant, ce système devra être imposé systématiquement à toutes les actions de chasse sur un domaine donné. Rien de pire en effet de mettre les autres usagers possesseurs de l'application en confiance sur des secteurs chassés qui n'auraient pas été déclarés dans l'application ;

2/ Techniquement, même si l'application est parfaitement aboutie, elle restera dépendante de la qualité du réseau téléphonique pour pouvoir fonctionner correctement (3G/4G). Que va-t-il se passer dans les zones partiellement couvertes comme c'est le cas à Fontainebleau où les zones "grises" sont nombreuses ? Un fonctionnement intermittent de l'application qui ne sera pas gage de sécurité ;

3/ Il est totalement évident que connaître la présence d'une chasse et des chasseurs ne saura garantir une totale sécurité. Ce n'est d'ailleurs pas ce que promettent les créateurs de l'application, fort justement. En effet, les mauvaises pratiques, le non respect des consignes de chasses ou des principes de base de la sécurité (tire fichant, etc) demeureront un grave danger, surtout pour le tir à balle qui peut être létal à plus de 1000 mètres avec certains calibres ;

Bref, des questions qu'il faudra conserver à l'esprit pour tous les utilisateurs de l'application. 

Il convient également de préciser que, sur le modèles de certaines applications bien connues réservées à la navigation automobile, le promeneur pourra partager des informations concernant sa ballade telles que la présence d'un chasseur, ce qui est naturel, et, plus surprenant, d'autres points d'intérêts qui semblent bien n'avoir d'intérêt que pour les chasseurs eux-même, c'est à dire un arbre sur le chemin, de la boue, une route barrée, une ligne à haute tension et... la présence d'animaux sauvages, c'est à dire de gibier potentiel !




On comprend dès lors tout l'intérêt pour le gestionnaire de chasse de s'équiper d'un tel matériel puisqu'il lui permettra d'obtenir en temps réel de précieuses informations sur la zone chassée et la présence du gibier grâce aux signalements effectués à proximité ! On peut même imaginer les suiveurs d'une chasse utiliser eux-aussi l'application pour faciliter une traque lors d'une chasse à courre ou d'une battue, pourquoi pas ?

Melckone pourrait bien être l'application qui permettra une meilleure cohabitation et, comme le promet la pub, diminuer sensiblement le nombre d'accidents de chasse. A condition de passer l'épreuve du terrain et de lever l'ambiguïté sur son objet réel qui pourrait décourager les amoureux de la nature.



Fontainebleau - Novembre 2018


jeudi 18 octobre 2018

Danone : fournisseur de secrétaire d'Etat à l'Ecologie

Ceci n'est pas un procès d'intention mais une simple constatation et peut-être, un appel à la vigilance.

Notre nouvelle secrétaire d'Etat à l'écologie,  Emmanuelle Wargon, nous arrive tout droit du lobbying de chez Danone.


samedi 6 octobre 2018

Mauvaise sortie

Les photographes naturalistes le savent bien, la prise de vue dans un milieu doit être idéalement réalisée sans aucune perturbation pour celui-ci, dans une parfaite furtivité. Ce n'est qu'à ce prix que le véritable naturaliste pourra s'estimer pleinement satisfait, sans même considérer la qualité des images qu'il ramène sur sa carte mémoire.

1/ Mise en affut précoce et dans la plus parfaite furtivité;
2/ Temps d'affût dans une totale discrétion et le plus grand silence ;
3/ Sortie d'affut et retour au parking sans impacter le milieu.

Cette dernière étape est sans aucun doute la plus problématique, soit parce qu'elle est effectuée négligemment par des photographes ou vidéastes peu scrupuleux, soit parce que la configuration exposée de l'affut ou, à la tombée de la nuit, l'activité de la faune rend la manœuvre délicate.

J'étais donc ce soir-là assez satisfait de mes observations et de ce qui se trouvait sur ma carte mémoire pour tenter une sortie d'affut. Les deux premières étapes avaient été réalisées avec succès, la faune ne se doutait pas de ma présence et le vent était quasi nul, bref, la sortie s'annonçait bien. L'obscurité allait facilité "l'extraction" et il me semblait que les cavalcades et les brames du rut s'était déportées à bonne distance.

Me voici donc rejoignant le chemin en marchant sur des œufs, matériel sur l'épaule, respirant lentement pour minimiser toute chance d'être remarqué.

Dix, vingt, cent mètres, et, au moment où la partie me semblait gagnée :




Ce fut par conséquent, et malgré toutes les belles observations et prises de vue réalisées, une sortie loupée...


En attendant l'ours

Nous sommes là avec quelques gens du coin depuis une bonne heure à attendre l'ours.

Un indien Nuxalk s'approche de moi et, dans un anglais que je comprends mal, me dit que son grand-père, il y a bien longtemps, venait ici-même, attendre, avec son grand-père, que l'ours vienne chasser le saumon.

Un jour, alors que le soleil disparaissait derrière la montagne, un grand loup apparu à la place de l'ours et, les regardant fixement, poussa un long et profond hurlement avant de s'enfoncer par où il était arrivé, vers la profondeur de la forêt.

Ils ne virent plus aucun ours ce soir là ni les soirs qui suivirent pendant toute une année...

L'indien me regarde en souriant, l'air entendu, cherchant dans mon regard le signe de ce que j’appréhendais moi aussi l'extraordinaire signification de ce qu'il venait de me révéler. 

Je lui retournais un hochement de tête qui, rétrospectivement, aussi pénétré fut-il, me semble bien faible aujourd'hui.

Alors, visiblement satisfait, l'indien Nuxalk quitta lentement le surplomb dominant la rivière pour s'enfoncer d'un pas sûr dans la forêt que nul occidental n'osait pénétrer en cette période.

Nous ne vîmes aucun ours ce soir-là.




Quelque part, ailleurs, dans les jours qui suivirent :

Ours brun (femelle) à la chasse aux saumons.