mercredi 10 janvier 2018

Millice forestière ?

L'état français avait depuis longtemps laissé les clés de son patrimoine faunique aux fédérations de chasseurs par l’intermédiaire de ses offices ONCSF (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) et ONF (Office National des Forêts), bien heureux de trouver là une main d’œuvre pas toujours irréprochable mais dévouée et bénévole. On avait en quelques sortes confié une confiserie à des enfants.



D'ici peu, afin de palier au manque d'effectif chronique de la Gendarmerie dans l'Oise, plusieurs centaines de chasseurs vont être sélectionnés et assermentés afin de pouvoir patrouiller dans les secteurs forestiers du département pour prévenir les autorités de tous faits délictueux dont - on l'imagine - les actes de braconnage.

http://lafrance.co/oise-200-chasseurs-assermentes-vont-epauler-les-forces-de-lordre

https://blogs.mediapart.fr/jean-paul-richier/blog/080118/gendarmes-et-chasseurs-main-dans-la-main-dans-loise


Je vois déjà ceux qui connaissent un temps soit peu ce milieu sourire d'incrédulité. Confier une parcelle d'autorité aux chasseurs, même aussi minime soit-elle ? L'ancien agriculteur cité dans le premier article semble pour sa part s'être déjà forgé une religion.

Sans vouloir jouer les Cassandre, je mettrais tout de même bien une petite pièce sur une diminution drastique de la faune sauvage dans les bois "protégés" par nos "chasseurs vigilants" dans les années qui viennent, tant cette mesure me semble pouvoir être à la fois gage d'immunité pour certains et source de graves conflits entre chasseurs assermentés et chasseurs indélicats.

Mais, après tout, une expérience reste une expérience : laissons-lui le temps d'évoluer, de maturer et de révéler tout son potentiel, observons, avec gourmandise.


mardi 2 janvier 2018

Balance ton porc en Forêt de Fontainebleau

Ah, ces sympathiques promenades digestives de fin d'année !
En famille, un peu léthargiques de tant d'agapes et de bulles, nous nous engageons sur un chemin forestier, la route de "la Petite Haie" qui démarre au rond point de la gare de Thomery.

Les enfants courent devant, normal.
Le papy tire un peu la patte à l'arrière, normal aussi.

Pourtant, dès les premiers mètres, nous basculons dans la bêtise. Le ton est donné, un premier spot juste sur le bord du chemin :


puis un deuxième :


pour un total de quatre, je vous épargne la suite à l'avenant.

Nous arrivons ensuite sur un grand carrefour forestier dit du "Grand Sapin". Celui-ci a d'ailleurs été coupé il y a quelques années par l'ONF et on peut encore voir son fût au sol. Le carrefour forme une grande place dégagée qui semble avoir accueilli une fête animée et alcoolisée :


Quel charmant spectacle de fin d'année :


Une multitude de petits déchets que le personnel de l'ONF devra ramasser individuellement ;




Des déchets dangereux également, au beau milieu du carrefour et susceptible de provoquer de graves problèmes à un promeneur ou à un cycliste :


Tout ceci est inexcusable. Ce n'est même plus de la bêtise mais une véritable volonté de nuisance. Un acte qui finalement, par son obscénité et sa lâcheté, à quelque chose du #balancetonporc que nous connaissons par ailleurs.

La proximité est facile à saisir : le manque de respect à sa mère, à une femme ou à la nature, relèvent de la même dynamique égoïste et égocentrique. Le besoin de jouissance immédiate n'est plus contrôlé, il doit être assouvi coute que coute, sans aucune considération pour les conséquences de cet assouvissement. La lâcheté du prédateur sexuel qui profite d'une situation dominante étant ici remplacée par une sorte de nihilisme dévastateur. 
"Que les promeneurs qui tombent sur nos déchets aillent se faire voir, rien à faire" ;
"Que l'ONF engage des moyens et du temps pour nettoyer nos cochonneries, rien à faire" ;
"Qu'un animal sauvage crève d'avoir absorbé un sac en plastique, rien à faire" ;
"Que quelqu'un se blesse en marchant sur un morceau de verre laissé là, rien à faire".
Bref.

Tout ceci évidemment, pourrait être évité. Tout d'abord en s'assurant qu'on ne puisse pas pénétrer en forêt aussi facilement en voiture - car nos fêtards indélicats étaient en voiture, cela ne fait aucun doute :



L'ONF pourrait par exemple investir quelques euros dans la réfection de la barrière verte à l'entrée du chemin qui est hors d'usage et ouverte depuis plusieurs années :


Voici donc une année 2018 qui commence bien mal, cet incident nous jetant au visage une telle bouffée de bêtise qu'il est difficile d'être optimiste pour notre belle forêt. La quasi crapulerie de certains associée au manque de moyen criant du gestionnaire ne saurait être une combinaison gagnante. Sommes-nous condamnés à être les témoins d'un désastre à Fontainebleau ?



lundi 27 novembre 2017

"Ni pour ni contre", bien au contraire



Pour le glyphosate comme pour bien d'autre sujets,

http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/15/le-sort-du-glyphosate-dans-l-ue-examine-en-appel-le-27-novembre_5215265_3244.html

l'Union Européenne telle qu'elle a été conçue, s'apparente de plus en plus à un outil de neutralisation de l'aléa démocratique, c'est à dire de l'expression populaire et de la capacité décisionnelle que vous et moi sommes supposés détenir dans un espace démocratique.

En s'abîmant dans d'infinis débats stériles, basés sur une multitudes de rapports experts contradictoires et parfois sponsorisés, l'essentiel est atteint en repoussant sans cesse la certitude et l'unanimité.

Une unanimité qui ne deviendra concevable, malheureusement, qu'en cas de catastrophe sanitaire globale.

S'il en était encore besoin, chaque jour et chaque enquête journalistique sérieuse révèle son lot de supercheries et de mensonges :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/26/glyphosate-revelations-sur-les-failles-de-l-expertise-europeenne_5220696_3244.html

Où l'on apprend que des pages entières du mémoire en défense du glyphosate rédigé par Monsanto se retrouvent à la virgule près dans le rapport d'expertise européen, sensée servir de base décisionnelle à sa prorogation ! Quel scandale, quelle preuve éclatante de ce que l'Union Européenne telle qu'elle nous est imposée n'a rien d'une instance démocratique !

Et le journal le Monde, avec un certain sens de la litote, de titrer sur les "failles" de l'expertise européenne alors qu'il s'agit d'une véritable imposture et d'une tromperie organisée !

En vérité, nous voyons bien que la belle idée européenne, l'Europe des peuples, l'Europe sociale, l'Europe des dynamiques et solidarités économiques n'existe pas. Probablement mal née de parents trop libéraux, prêtant le flanc par nature, elle aura été rapidement phagocytée par des groupes d'intérêts privés à la recherche d'une onction démocratique, en réalité factice, autant éloignée de la volonté populaire qu'elle l'est de l'intérêt commun.

Quelle tristesse de marcher avec une telle certitude vers la catastrophe, quelle qu'elle soit.



mercredi 25 octobre 2017

Chasse à courre et droit de suite ou le gout de la fletrissure.

Il y a une constante troublante chez les veneurs qui semble systématiquement résolus à se faire haïr chaque année un peu plus. Si la chasse à courre est bien emprunte de tradition, elle perpétue également une organisation et une hiérarchie séculaire de la société. Sans recourir à de grossiers clichés, il faut bien reconnaitre que la population de chasseurs à courre n'est pas la plus hétérogène qui soit et que le mépris de classe peut parfois s'exercer, même subtilement.
Il n'est donc pas totalement étonnant que certaines pratiques issues de temps révolus soient encore revendiquées, telles que le "droit de suite" qui autoriserait les veneurs à pénétrer dans une propriété privée sans autorisation pour poursuivre un animal supposé blessé comme dans l'Oise le week-end dernier :


Les chasseurs en cause dans cette triste affaire justifient cette pratique par une nécessité de sécurité. En effet, s'estimant, à raison, responsables de l'animal chassé, ils auraient l'obligation absolue de circonscrire le danger potentiel qu'il représente quand il est blessé ou aux abois. On remarquera que la sauce sécuritaire est resservie ici comme dans bien d'autres occurrences concernant la chasse.

S'il est vrai qu'un animal aux abois est potentiellement dangereux, il convient toute de même de rappeler quelques évidences : c'est bien le veneur qui a amené le cerf à cette dernière extrémité et à l'obligation de se réfugier dans le jardin d'un particulier. Il ne s'agit pas d'une bête qui s'est aventurée de sa propre initiative chez ces particuliers mais bien d'un fait de chasse, d'une chasse qui a été mal menée, qu'on le veuille ou non. Même s'il est difficile de deviner les menées d'un cerf, on doit bien sentir à quel moment faire arrêter les chiens quand ce dernier s'oriente vers une route fréquentée ou un quartier résidentiel.

J'écrivais sur ce blog il y a quelques temps pour un autre incident de chasse, qu'il était inadmissible qu'à Fontainebleau le veneur ait obligé un cerf à traverser une route nationale très chargée un week-end. On se souvient de l'image du cerf sautant par dessus le trafic routier avant de s'engager dans les rues de la cité, sans heureusement provoquer d'accident. Il aura fallu une sacrée dose de chance pour éviter la catastrophe ce jour-là !

On me taxera encore probablement d'amateurisme mais je le maintiens : les veneurs sont effectivement responsables de la bête qu'ils traquent, y-compris de ses menées les plus inhabituelles. Ils sont directement responsables des incidents qu'elle peut provoquer. Car enfin, si la chasse à courre était si aléatoire et imprévisible que cela, il faudrait évidemment, par sécurité, l'interdire à proximité des zones urbaines et des axes routiers, puisque potentiellement génératrice d'accidents ! La mise en danger de la vie d'autrui est sévèrement réprimée par la loi.

Il semble que dans l'affaire de l'Oise les chasseurs aient essayé de faire déguerpir l'animal qui a refusé de bouger. Un cerf qui renonce est arrivé à un tel degré d'épuisement que sa vie ne tient plus qu'à un fil. Ses fonctions vitales sont agonisantes, son cœur souvent endommagé. Il peut lui rester encore suffisamment d'énergie pour faire face une dernière fois au veneur qui tente de le servir (lui porter un coup de dague mortel) en essayant de le percer de ses bois.

On me disait il y a peu qu'il faudrait à chaque équipage un équipement hypodermique pour faire face à ce genre d'aléa. Si l'idée semble bonne, elle se heurte à plusieurs difficultés dont le respect des usages n'est pas le plus mince. Il est difficile d'imaginer un chasseur considérant la vénerie comme une activité noble, dans ces traditions et sa finalité, se résoudre à endormir au fusil hypodermique la bête qu'il vient de pousser aux abois, même pour mettre fin à une traque si peu glorieuse.
Autre problème, il y de grandes chances que le cerf, totalement épuisé par une chasse qui aura pu durer cinq ou six heures, ne succombe au produit hypodermique. Une fin bien peu flatteuse pour le veneur.

Il n'y avait donc guère de solution heureuse ce samedi à Lacroix-Saint-Ouen. Puisque le cerf avait été malencontreusement et sottement poussé jusque là, réfugié dans cette voie d'accès, que faire pour trouver un dénouement qui ne heurte pas tant les consciences ? 

Le cerf était réfugié dans une propriété privée.
Fin de chasse piteuse

Le veneur a choisi, au mépris de la loi (les juges n'accordent que peu de valeur à la notion de "droit de suite"), de violer cette propriété privée pour servir la bête. Existait-il une alternative réaliste ? Boucler le quartier et attendre hypothétiquement que l'animal ne recouvre ses forces ? Espérer qu'il reparte bien vers la forêt et pas vers le centre ville ? Risquer de le voir traverser, comme à Fontainebleau, une route passagère ? Des points d'interrogation en forme d'accidents potentiels.

En somme, il faudra sans aucun doute que nos veneurs procèdent à un véritable travail d'introspection et de remise en cause s'ils veulent éviter de voir se lever contre eux un consensus. Eviter par exemple, comme cette année à Fontainebleau, de lancer leurs premières chasses de l'année en plein brame, sur des places bien connues*. Ou, comme dans l'Oise, de pénétrer dans une propriété privée sans l'accord des propriétaires pour achever une bête aux abois devant des riverains abasourdis. Autant de flétrissures qui viennent, en heurtant le simple bon sens, endommager encore un peu plus l'image déjà dégradée des chasseurs à courre en France et entretenir l'apparence d'une activité réservée à une caste favorisée et méprisante.


La chasse devra évoluer, concéder à la modernité, s'imposer des limites et l'indispensable réforme du respect animal pour devenir véritablement l'outil de régulation qu'il prétend être aujourd'hui. Cesser d'être un jeu élitiste, un marchepied, un alibi, une passion sordide.

* avec la bénédiction et le concours de l'ONF qui recommande pourtant chaque année, à grand renfort de communication et brochures, de ne pas perturber les cervidés pendant la période du rut ! Cherchez l'erreur.


vendredi 13 octobre 2017

Du respect des femmes

Au moment où le Ministère du Travail édite un guide promouvant l'égalité hommes-femmes dans les entreprises, nous tolérons au quotidien, à deux pas de chez nous, le pire avilissement, un esclavage moderne sordide et tragique.

Au moment où l'Etat français se fait le porte-voix, parfois jusqu'au grotesque, d'une idéologie issue d'un féminisme dénaturé :


De jeunes femmes étrangères, arrachées à leurs familles, sont contraintes à une prostitution brutale et destructrice en forêt de Fontainebleau.

 

Elles attendent le client, des journées entières, à l'entrée des chemins forestiers, en espérant gagner suffisamment pour ne pas mécontenter leur propriétaire, jamais rassasié.


Pendant ce temps les coupes budgétaires ne permettent plus aux policiers de Fontainebleau de travailler dans des conditions normales, d'avoir des locaux salubres et du matériel opérationnel. Les collègues de la BRP (Brigade de Répression de la Prostitution) ne sont pas mieux pourvus.


Et je passe en vélo, un matin, devant une des ces jeunes femmes en sursit. Elle est recroquevillée au pied d'un arbre et pleure. Avec un fort accent (roumain ?) elle me fait comprendre que tout va bien et qu'elle ne veut pas que j'appelle de l'aide, surtout pas.

 

Elle ne semble pas blessée et, comme pour le confirmer, se lève brusquement en séchant ses larmes. Elle soutient mon regard et dans ses yeux, ses yeux. Tant de choses. Une beauté presque déjà évanouie et tout le reste, inimaginable.

Et je l'ai laissée là, seule, au milieu de la forêt en emportant honte et rage mélangées.

Pendant ce temps la collectivité s'habitue, tourne la tête. Quelques élus locaux se mobilisent, sans résultat. Et là-haut, tout là-haut, dans les cabinets parisiens, on s'occupe de grammaire.
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Brame à Fontainebleau : barnum forestier

Il fallait être extrêmement motivé samedi dernier pour tenter de photographier le brame du cerf en forêt de Fontainebleau du côté des Grands Feuillards.

Alors que l'ONF, à juste titre, nous intime chaque année à grand renfort de communication de respecter la tranquillité des cervidés pendant la période du brame, on pouvait voir ce samedi, avant le lever du jour, des véhicules de limiers sillonner les parages d'une place de brame bien connue pour préparer une chasse à courre qui devait commencer un peu plus tard dans la matinée. Véhicule de l'ONF en tête.
Résultat de recherche d'images pour "chasse en cours"


L'Office cultive de ces paradoxes qui demeurent encore pour moi aujourd'hui une parfaite énigme.
Qui pourra en effet prétendre qu'une chasse menée par un équipage de vénerie avec chiens courant, cor et invités n'affecte pas la tranquillité des cervidés en pleine période de brame ?

Comme un malheur n'arrive jamais seul, il fallait également se confronter, dans les parcelles à l'écart de la chasse, à quelques photographes indélicats qui, au mépris de la loi et du sens commun, avaient pénétré dans les chemins avec leur véhicule et affutaient confortablement installés à l'intérieur. Sans doute conscients de leurs turpitudes, ils s'éloignaient à notre arrivée.

Un peu plus loin enfin, un autre photographe, en voiture lui aussi, se baladait tranquillement en lisière d'une parcelle protégée. 

Il est des sorties improductives car, même si l'oeil a été largement contenté, le résultat photographique n'en est pas à la hauteur. Celles-là sont vite oubliées.

Il y des sorties tragiques, car elles confirment lourdement, sans ambiguïté, les modifications profondes dans la perception que notre société possède de notre patrimoine naturel en général et forestier en particulier. Celles-ci ne disparaissent jamais.