vendredi 19 avril 2019

Retour sur l'application Melckone

Dans cet article de novembre 2018, j'évoquais l'application Melckone, conçue pour permettre une meilleure cohabitation entre les différents utilisateurs des espaces forestiers et plus particulièrement entre les chasseurs et les autres usagers.
Je montrais le principe de fonctionnement et soulevais quelques questions qui me paraissaient devoir être posées quant à sa destination réelle.

Thomas Schuler, le co-fondateur de l'appli m'ayant fait part de quelques réserves concernant le contenu du billet, je vous propose d'apprécier ci-dessous ses précisions en rouge que je ne commenterai pas. Je rebondirai, pour finir, sur les éventuelles perspectives de développement d'une telle application et son utilisation pour les activités de chasse.

Par mail le 18 avril 2019 :
 
" Le principe est simple, un gestionnaire de chasse peut délimiter sur une carte une zone chassée et déterminer sa date et ses horaires. Le promeneur équipé de l'application est géolocalisé par son téléphone et averti de la proximité d'un secteur chassé le cas échéant. Les chasseurs équipés de la balise de sécurité de la marque deviennent visibles sur l'application et sont alertés de la présence du promeneur à proximité. Au moins en théorie, ce système semble effectivement pouvoir minimiser les risques d'accidents. En aucun cas le chasseur n'est visible sur l'application, notre "detect' promeneurs" n'est pas un traqueur, ni un GPS, il émet un forte vibration et un son strident quand un promeneur est à une centaine de mètre de lui, et ce, hors ligne. En effet, cet objet connecté est fait pour palier le manque de réseau qui est un principal obstacle aux solutions digitales dans les milieux montagneux et forestiers. Même si un promeneur peut placer un chasseur quand il en voit un, si le chasseur bouge, personne ne le traque.

Évidemment, même si l'idée est intéressante et la mise en œuvre assez simple, on peut douter de l'efficacité de ce système pour plusieurs raisons :

1/ Pour être vraiment sécurisant, ce système devra être imposé systématiquement à toutes les actions de chasse sur un domaine donné. Rien de pire en effet de mettre les autres usagers possesseurs de l'application en confiance sur des secteurs chassés qui n'auraient pas été déclarés dans l'application ; Melckone n'a en aucun cas l'ambition d'être une assurance tout risque pour les promeneurs et encore moins d'être imposé à toutes les actions de chasses d'un domaine donné. Par contre, nous pensons être une solution viable et utile pour les zones de chasses fortement fréquentées par les promeneurs ou bien traversées par des GR. Cela n'empêche qu'un promeneur devra toujours faire attention aux panneaux et aux indications sur un secteur donné concernant la chasse.

2/ Techniquement, même si l'application est parfaitement aboutie, elle restera dépendante de la qualité du réseau téléphonique pour pouvoir fonctionner correctement (3G/4G). Que va-t-il se passer dans les zones partiellement couvertes comme c'est le cas à Fontainebleau où les zones "grises" sont nombreuses ? Un fonctionnement intermittent de l'application qui ne sera pas gage de sécurité ; En effet, la connexion à la 3G/4G est nécessaire pour un fonctionnement en temps réel sur l'aspect communautaire et l'apparition des zones de chasses de notre solution.. Donc si un promeneur place un chasseur sur l'application à un instant t, un autre promeneur ne le verra pas s'il est dans une zone grise, il devra attendre de capter pour accéder à cette information. Concernant l'apparition des zones de chasses, si ces dernières sont planifiées longtemps à l'avance sur notre plateforme web, et que le promeneur capte ou pas, la zone apparaîtra ! La condition serait que le promeneur ait lancé l'application au moins une fois à un endroit où il captait avant cette chasse. 
Concernant la détection chasseur-promeneur, cette dernière a été mise au point pour fonctionner quand le réseau ne passe pas, car le "détect' promeneur" émet son propre réseau dans la nature.

3/ Il est totalement évident que connaître la présence d'une chasse et des chasseurs ne saura garantir une totale sécurité. Ce n'est d'ailleurs pas ce que promettent les créateurs de l'application, fort justement. En effet, les mauvaises pratiques, le non respect des consignes de chasses ou des principes de base de la sécurité (tire fichant, etc) demeureront un grave danger, surtout pour le tir à balle qui peut être létal à plus de 1000 mètres avec certains calibres ; Très bien, nous souhaitons proposer aux promeneurs de voir où se déroulent les chasses pour qu'ils puissent les éviter ou les contourner. Un promeneur doit être conscient du danger de traverser ou de longer une zone de chasse active.

Bref, des questions qu'il faudra conserver à l'esprit pour tous les utilisateurs de l'application. 

Il convient également de préciser que, sur le modèles de certaines applications bien connues réservées à la navigation automobile, le promeneur pourra partager des informations concernant sa ballade telles que la présence d'un chasseur, ce qui est naturel, et, plus surprenant, d'autres points d'intérêts qui semblent bien n'avoir d'intérêt que pour les chasseurs eux-même, c'est à dire un arbre sur le chemin, de la boue, une route barrée, une ligne à haute tension et... la présence d'animaux sauvages, c'est à dire de gibier potentiel ! Permettez-moi de vous contredire là-dessus. Avant de choisir les points d'intérêts de notre application, nous avons discuté avec des randonneurs et des VTTistes concernant les zones inondées, impraticables, chiens dangereux et routes barrées. Concernant le gibier, l'idée est d'aider les chasseurs à retrouver les gibiers blessés ou tués pour éviter que des promeneurs ou des enfants tombent dessus... dire sur l'applivation que l'on a vu un gibier à un endroit ne donne pas plus de piste aux chasseurs pour leurs traques...

On comprend dès lors tout l'intérêt pour le gestionnaire de chasse de s'équiper d'un tel matériel puisqu'il lui permettra d'obtenir en temps réel de précieuses informations sur la zone chassée et la présence du gibier grâce aux signalements effectués à proximité ! On peut même imaginer les suiveurs d'une chasse utiliser eux-aussi l'application pour faciliter une traque lors d'une chasse à courre ou d'une battue, pourquoi pas ? L'intérêt de Melckone pour un gestionnaire de chasse et tout simplement de mieux avertir la population avoisinant ses zones de chasses sur son activité. A terme, il permettra aux non-chasseurs de se balader plus sereinement même quand la saison de chasse est ouverte. Un deuxième intérêt pour le gestionnaire de chasse et de donner la possibilité à ses chasseurs, par l'intermédiaire de notre "détect' promeneurs" d'être avertis lorsqu'un promeneur se rapproche de lui, même quand le réseau est indisponible.

Concernant le suivi ou la traque de gibier, notre application n'est pas du tout faite pour ça, car il n'y a pas de suivi en temps réel.

Melckone pourrait bien être l'application qui permettra une meilleure cohabitation et, comme le promet la pub, diminuer sensiblement le nombre d'accidents de chasse. A condition de passer l'épreuve du terrain et de lever l'ambiguïté sur son objet réel qui pourrait décourager les amoureux de la nature. Melckone est la solution de cohabitation pensée par les chasseurs pour les promeneurs afin que chacun puisse vaquer à sa passion sans gêner ou être un danger pour l'autre."

Comme indiqué au début de l'article, je ne commenterai pas les précisions apportées par Thomas Schuler à l'exception du fait que l'application n'offre pas la possibilité technique de localiser précisément une proie et de partager cette information en temps réel.

Il va de soi que si cette capacité était implémentée, elle modifierait en profondeur l'acte de chasse et transformerait définitivement la stratégie mise en œuvre lors des battues. On ne peut décemment y souscrire si cette artifice devenait central dans la pratique de la chasse en substituant de la technologie (c'est à dire des lignes de code) au "flair" et à l'expérience du chasseur. Que deviendrait la vénerie si ses pratiquants se bardaient d'informatique pour trouver et suivre, sans grand effort, sur un écran, le grand cerf ? Probablement quelque chose de bien pathétique et déshonorant !

On m'accusera d'avoir une vision conservatrice et désuète de la chasse mais, il me semble que tout ce qui peut maintenir un équilibre des chances entre la faune et les chasseurs participera à une meilleure acceptation de la chasse et donc à sa saine perpétuation. Surtout au moment où les chasseurs vont devenir tout puissant dans le pilotage des plans de chasse !

Relisons Genevoix, relisons Giono, ceux-là nous on déjà tout dit sur la chasse et la nature et de l'indispensable et inéluctable respect qui lui est dû. Il n'y aura jamais aucun avantage au bout du compte à lui opposer une froide efficacité technologique. La chasse sensible est la seule qui vivra longtemps.

Melckone, une vraie bonne idée, pourra donc sans doute permettre une meilleure cohabitation de tous, à la condition que chacun joue le jeu, les chasseurs au premier chef en fournissant à l'application toutes les données nécessaires à son bon fonctionnement.

Évidemment, si cet outil devait se muer en un système de localisation et de suivi en temps réel du gibier à destination des directeurs de chasse, il est certain qu'en plus de faire émerger quelques questions d'ordre légal, un tel dispositif mobiliserait contre lui les défenseurs de la nature.


mercredi 17 avril 2019

Albums photos 17 avril 2019

Grâce dans le crépuscule

Réforme de la chasse

https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/18236-1_fiche_reforme-chasse-fusionAFB-ONCFS_web.pdf

" La réforme de la chasse 

La gestion de la chasse doit faire face à plusieurs défis : maîtrise des populations de grand gibier génératrice de dégâts avec un tel préambule, on devine quelle musique va nous être jouée ensuite..., lutte contre l’érosion de la biodiversité et la dégradation des habitats, partage de la nature, maintien du rôle de sentinelle sanitaire sur la faune sauvage et amélioration de la prise en compte du bien-être des animaux. Pour répondre à ces défis, le Président de la République a souhaité conduire une réforme de la chasse pour moderniser son organisation et améliorer la protection de la biodiversité. Les grandes mesures de la réforme ont été annoncées fin août 2018, après plusieurs mois de concertation avec l’ensemble des parties prenantes : représentants des chasseurs, associations environnementales, acteurs ruraux, élus, parlementaires et syndicats. Cette réforme s’inscrit dans la continuité du Plan biodiversité présenté par le Gouvernement le 4 juillet 2018.

Quels objectifs ?
• Mieux protéger la biodiversité
• Améliorer la gestion des dégâts de gibier
• Moderniser l’organisation de la chasse 
• Améliorer la sécurité à la chasse 
• Renforcer la police de l’environnement 
• Améliorer la prise en compte du bien-être animal

Instauration d’une écocontribution en faveur de la biodiversité
Une écocontribution sera mise en place dès la saison de chasse 2019-2020 afin que les fédérations de chasseurs financent chaque année, à hauteur de 5 euros par chasseur, des actions concrètes en faveur de la biodiversité : plantation de haies, restauration de milieux forestiers, de milieux humides, entretien d’habitats favorables à la biodiversité, etc. Des crédits publics cofinanceront ces actions à hauteur de 2 pour 1. Autrement dit tous les français financerons par l'impôt des aménagements "favorables à la biodiversité" facilitant les actions de chasse... J'en connais quelques-uns qui doivent déjà se frotter les mains d'une telle aubaine.

Gestion moderne de certaines espèces
La mise en œuvre d’une gestion adaptative de certaines espèces d’ici la saison de chasse 2019-2020 va permettre d’adapter régulièrement les prélèvements de ces espèces en fonction de l’état de conservation de leurs populations. Ces décisions seront prises par le ministre de la Transition écologique et solidaire, sur la base des avis rendus par un panel de scientifiques, mis en place fin janvier 2019 et après consultation du Conseil national de chasse et de la faune sauvage. L’expertise scientifique s’appuiera sur les connaissances disponibles, y compris les données de prélèvements fournies par les chasseurs et leurs fédérations. Va falloir se mettre à Excel... Ca va grommeler sévère dans les chasses à tonton... Pour les espèces migratrices, les analyses se feront en lien étroit avec les pays de l’aire de migration.  

Renforcement de la lutte contre les dégâts de gibier

Les populations de grand gibier, en particulier cerfs, chevreuils et sangliers, sont à l’origine de dégâts agricoles et forestiers, ainsi que de collisions routières et ferroviaires. Il s’agit de maîtriser ces populations et les dommages qu’elles peuvent générer. Rhétorique sécuritaire bien connue : c'est évidemment toujours à la faune sauvage de s'adapter à la présence humaine et jamais l'inverse ! La régulation des populations de sanglier est aussi nécessaire pour prévenir le risque d’introduction et de diffusion de maladies animales, comme la peste porcine africaine. Chargé de définir les modalités opérationnelles, un comité de lutte contre les dégâts de gibier rassemblant l’ensemble des acteurs concernés (chasseurs, forestiers, agriculteurs et élus locaux) incroyable qu'il n'y ait pas de naturaliste et de scientifique comportementaliste dans ce comité pour analyser et comprendre les causes de l'augmentation de ces dégâts ! va mener ses travaux au premier trimestre 2019. Une mission parlementaire confiée au député Alain Péréa et au sénateur Jean-Noël Cardoux rendra un rapport au printemps 2019 concernant la régulation du grand gibier, la réduction des dégâts et le financement de l’indemnisation des dégâts de gibier aux cultures. Des mesures seront adoptées courant 2019. 

Diminution du coût du permis de chasser national
À partir de saison de chasse 2019-2020, le permis de chasser national passe de 400 à 200 euros pour favoriser la mobilisation des chasseurs dans la régulation du grand gibier et leur mobilité sur le territoire. Parallèlement, le financement de l’indemnisation des dégâts de gibier sera répercuté plus fortement vers les chasseurs et les fédérations départementales des territoires où le coût de ces dégâts est le plus important. Parce que jusqu'à maintenant les financements n'étaient pas proportionnés aux dégâts ?

Responsabilisation des chasseurs
À partir de la saison de chasse 2019-2020, les chasseurs auront l’obligation de communiquer, via leurs fédérations, les données de prélèvements de certaines espèces soumises à la gestion adaptative. Les fédérations départementales des chasseurs deviendront en outre responsables de certains actes de gestion actuellement effectués par l’État (suivi des associations locales de chasse agréées, validation des plans de chasse) à l’automne 2019. Ca y est, on a donné les clés de la confiserie aux enfants ! Ainsi, elles disposeront de tous les leviers pour agir, notamment sur la réduction des dégâts de gibier. On va voir ce que ça va donner à Fontainebleau, j'en tremble par avance... L’État continuera de fixer les objectifs généraux et d’assurer le contrôle de la bonne exécution de ces missions par les fédérations de chasseurs et pourra intervenir en cas de défaillance. 

Renforcement de la police de l’environnement
Avec la création, le 1er janvier 2020, de l’Office français de la biodiversité (OFB) qui devient l'OFBC : Office français de la biodiversité et de la Chasse grâce à nos amis sénateurs https://www.fne.asso.fr/actualites/chasse-le-s%C3%A9nat-d%C3%A9figure-le-futur-office-fran%C3%A7ais-de-la-biodiversit%C3%A9 qui ne peuvent décidément rien refuser au lobby de la chasse qui n'existe pas réunissant l’Agence française pour la biodiversité (AFB) et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), les politiques de l’eau et de la biodiversité seront mises en œuvre par un opérateur unique disposant d’une organisation territoriale adaptée aux besoins des territoires. Les services en charge de la police de l’environnement, qu’il s’agisse de l’eau ou de la faune sauvage, seront ainsi regroupés pour une efficacité renforcée, une meilleure répartition de leur action dans l’espace et dans le temps et une meilleure articulation de la prévention et du contrôle. 

Prise en compte du bien-être animal
Les pièges par noyade seront interdits. La Fédération nationale des chasseurs s’est aussi engagée à mettre en place une charte sur la chasse à courre et un arrêté ministériel va être pris pour mieux encadrer les fins de chasse à courre les animaux se réfugiant en zone habitée doivent désormais être graciés : https://www.30millionsdamis.fr/actualites/article/15702-chasse-a-courre-un-decret-interdit-de-poursuivre-les-animaux-en-zone-habitee/. On verra la mise en pratique de ce décret qui s'annonce difficile. Un arrêté ministériel sera pris pour améliorer la prise en compte du bien-être animal dans la pratique de vènerie sous terre. Ces arrêtés seront publiés au 1er trimestre 2019. Concernant les chasses traditionnelles aux oiseaux, après avoir diminué les quotas de prélèvement pour la saison de chasse 2018-2019, le ministère de la Transition écologique et solidaire a engagé un travail de concertation pour prendre en compte le bien-être animal. Des mesures seront prises à l’issue de ces échanges pour mise en œuvre dès la saison de chasse 2019-2020. "

Les chasseurs ont donc les manettes en main à partir de maintenant. Y-compris pour partie la gestion de la biodiversité en France. N'importe qui trouverait a priori cette situation curieuse sinon ubuesque.  Ne présageons pas de l'avenir, même si les exemples d'autogestion calamiteuses sont légions. Observons. Prenons acte et soyons vigileants.