lundi 28 janvier 2019

Album photo 28/01/2019


Appel au RIC forestier !

"Notre patrimoine forestier commun doit-il être privatisé ?"

Voilà bien une question qu'il serait pertinent de poser dans le cadre d'un referendum d'initiative citoyenne.

En effet, on nous apprend dans un très intéressant article paru le 21 janvier 2019 sur le site www.capital.fr que l'ONF est quasiment en faillite et que des forces s'activent pour le faire disparaitre définitivement.

La raison de cette faillite : ni plus ni moins la volonté gouvernementale de lâcher l'Office en lui imposant un équilibre budgétaire inatteignable.

"Le contrat d’objectif qu’il a négocié en 2015 reposait sur un engagement pris par l’Etat : celui d’équilibrer les comptes."

"Le directeur général usait d’expédients pour tenter de résoudre une équation budgétaire insoluble."

Insoluble et pour cause, l'ONF est structurellement déficitaire, il ne peut pas (et ne doit pas) équilibrer ses comptes (demande-t-on à la police d'équilibrer ses comptes ?). Il a pour mission de protéger et gérer, dans le respect de son intégrité, notre patrimoine forestier commun. Il est délégué et financé par le peuple français, par l'intermédiaire de sa représentation démocratique, pour assurer cette gestion et cette protection. Il doit le faire en garantissant la pérennité du patrimoine en usant de techniques durables et raisonnées, telle que la technique sylvicole dite en futaie jardinée.

Le peuple français a la jouissance de sa forêt domaniale, il en délègue la gestion à un office qu'il finance grâce à ces impôts. Le peuple français est très majoritairement conscient de l'impérieuse nécessité de protection de ce patrimoine naturel. Le peuple français est très majoritairement sensible aux enjeux environnementaux et de santé publique.

Mais voilà, les injonctions de l'ultralibéralisme font leur œuvre et apportent avec elles la froide et irrépressible volonté de rationalisation. Tout doit pouvoir être quantifié, valorisé, rentabilisé.
Il est donc décrété que la protection et la gestion de la forêt française sont trop onéreuses est qu'elles devront être effectuées à coût nul pour le trésor français. Autrement dit, le seul moyen d'assurer la gestion et la protection patrimoniale de nos forêts devrait se faire au détriment de ces dernières, en prélevant chaque année le morceau permettant d'atteindre le sacro-saint équilibre budgétaire.

Il faut bien se rendre compte de ce que cela signifie. Il faut bien se rendre compte que nous parlons ici de la future privatisation des forêts domaniales françaises et qu'il n'est pas exclu qu'elle aboutisse à une modification radicale de l'utilisation que le peuple français en fait depuis des siècles,  à une interdiction d'accès ou à une destruction partielle ou totale à long terme. Inutile de préciser que les notions de préservation de la faune et de la flore deviendront très extensibles et aléatoires le cas échéant. Nous en avons déjà les prémices avec le label "forêt d'exception" et son "développement économique des espaces forestiers".

Il faut donc poser cette question au peuple français : "Notre patrimoine forestier commun doit-il être privatisé ?"

Il manquait 20 millions d'Euros au budget de l'ONF en 2018 pour être à l'équilibre.
En 2018, les entreprises du CAC40 ont versées 46,8 milliards d'Euros à leurs actionnaires.

C'est à dire 2340 fois le déficit de l'ONF.

vendredi 25 janvier 2019

Lançons les TIF à Fontainebleau !

https://actu.fr/ile-de-france/fontainebleau_77186/fontainebleau-avait-degrade-balisage-circuit-vtt_21056374.html

Plusieurs milliers d'Euros et un mois de prison avec sursis.
On notera que si les réquisitions du procureur sont suivies, la destruction de quelques balises d'un circuit VTT (ce qui était un geste stupide) sera davantage punie à Fontainebleau que l'abandon en forêt d'un plein camion de déchets de construction.

Plutôt que contraindre cet homme à vendre son appartement pour payer l'amende, ce qui, reconnaissons-le, serait quelque peu disproportionné par rapport aux fait qui lui sont reprochés (il n'y a pas "mort d'arbre" et on imagine que le coût des quelques balises détruites ne doit pas être extraordinairement élevé), il faudrait, pour cet homme et pour tous les délinquants qui abandonnent leurs déchets en forêt, les soumettre à l'obligation de fournir un certain nombre d'heures de travail d'intérêt forestier (des TIF) qui pourraient être utilisées pour réparer des chemins ou des aménagements, reconstruire des barrières, enlever des arbres gênants et naturellement nettoyer la forêt en la soulageant des tombereaux de déchets qui s'y accumulent par endroit et, plus pernicieusement, d'une manière diffuse et presque invisible un peu partout.

L'ONF qui souffre chroniquement de manque de moyens et, par conséquent, de manque de personnel, disposerait là d'une main d’œuvre supplétive gratuite (ou presque gratuite s'il faut payer un surveillant détaché de l'administration pénitentiaire par exemple). Ceci aurait la triple vertu de soulager l'Office gestionnaire d'une partie de cette triste besogne, de stopper les actions scolaires discutables où les enfants sont priés de ramasser la m..... des adultes et de former par la pédagogie laborieuse les contrevenants au respect de la nature.


Nicolas Hulot : debriefing ministériel

On pense ce qu'on veut de Nicolas Hulot. Certains considèreront cette interview comme les jérémiades d'un roquet prétentieux, d'autres comme les paroles sages d'un type qui aura essayé.

Quoiqu'il en soit, indépendamment des aspects clivants du personnage, il faut bien reconnaître que son analyse des symptômes et les débuts de solutions qu'il envisage sont assez justes. Un peu d'utopie dans tout ceci, certes, mais pourrons-nous renverser la vapeur sans se raccrocher à une bonne dose d'utopie, justement ?

La paix dans le monde, comme la prospérité économique sans croissance, sont utopiques, certes, mais est-ce une raison pour ne pas tenter d'y parvenir ?



Forêt de Fontainebleau : entendez-vous le glas ?

Dans un article du 9 janvier 2019, la République de Seine et Marne offre la parole (par l'intermédiaire de Yoann Vallier) au maire de Fontainebleau qui est aussi président du comité directeur de "forêt d'exception", le fameux label dont il faut rappeler que l'objectif assumé est "de faire de ces forêts labellisées des leviers du développement économique local, en assurant une mise en valeur conjointe de ces sites forestiers et de leurs territoires environnants". Autrement dit, ce label est le coup de tampon sur l'acte d'exploitation tous azimuts de la forêt de Fontainebleau.

Pour s'en convaincre, traduisons ici la langue de bois (très forestière, donc) de Frédéric Valletoux exprimant les trois mesures les plus urgentes, d'après lui, à mettre en œuvre à Fontainebleau :

"l’engagement des partenaires et de la population locale"
C'est à dire le désengagement de l'ONF sur certaines tâches qui lui étaient historiquement dévolues, comme la surveillance du massif et son nettoyage ;

"l’appropriation par la société des actions et de la gestion conduites en forêt"
Redondance avec le premier point qui ne laisse que peu de doute sur le sort de l'ONF à moyen terme - on notera que le terme "société" est suffisamment vague pour laisser craindre le pire ;

"l'apport de valeur ajoutée à la forêt et son territoire durablement et globalement."
Les mots d'un entrepreneur considérant le patrimoine naturel commun comme un actif à rentabiliser. Comme si la valeur intrinsèque de la forêt ne pouvait être révélée que par l'action humaine ! A son profit évidemment. Comme si la littérature inépuisable sur le rôle majeur et vital pour l'homme des espaces forestiers en tant que tels et de leur rôle prépondérant pour garantir les grands équilibres chimiques de notre planète n'existaient pas. Bref.

La curée va donc débuter. Voyons, dans un autre article de la Rep et du très serviable Yoann Vallier, par quelles moyens notre belle forêt commune va être intégrée à la grande fête ultralibérale :

"Une maison des bénévoles"
C'est à dire la mise en pratique des deux premières mesures énumérées par le Maire de Fontainebleau plus haut. La tentative à peine voilée de refiler à des bénévoles, amoureux de la forêt, le travail jusqu'ici dévolu à l'ONF. On aura donc mis en œuvre depuis 15 ans une politique de collecte et de traitement des déchets très couteuse, associée à une diminution des services publiques, se soldant, comme c'était prévisible, par la forte augmentation des décharges sauvages en forêt et, comme si de rien n'était, on propose aujourd'hui au bon peuple de nettoyer gracieusement cette même forêt. On aura détruit peu à peu, coupe budgétaire après coupe budgétaire, la capacité de l'ONF à remplir ses missions de sauvegarde de la forêt et on propose aujourd'hui aux bonne âmes de remplacer l'Office défaillant !
La belle et généreuse idée que de compter sur les bonnes volontés locales, un peu naïves ou excédées par l'état catastrophique de leur chère forêt, pour se substituer bénévolement à un service administratif jusque là financé par l'impôt des français...

"Utiliser les pylônes [...] les mettre à disposition des naturalistes pour surveiller la forêt et observer les oiseaux."
Voilà une idée assez curieuse qui n'a probablement pas été inspirée par un naturaliste. Ou alors par un naturaliste aux pratiques peu communes. Car, faut-il le rappeler, le naturaliste ne "surveille" pas la forêt, il observe sa faune et sa flore, la décrit et tente de mettre au jour les différentes interactions de celle-ci avec son milieu. Mais de mission de surveillance, point. Le naturaliste n'est ni garde chasse ni garde forestier. Le naturaliste ne s'est jamais substitué à la mission de surveillance du garde forestier de l'ONF qui n'a plus depuis quelques années, quelques réformes et quelques "ajustements" budgétaires, ni le temps, ni les moyens de mener à bien cette mission. Observer les oiseaux, peut-être, au bénéfice du doute, mais il va falloir être sacrément patient et motivé du haut de ces tours de surveillance pour tâter de la faune bellifontaine...

"Des food-trucks sur les parkings"
Pourquoi pas, s'il le faut absolument. Mais à condition d'être extrêmement vigilant sur la gestion des déchets potentiellement générés par ce type d'activité ! Le précédent du Mc Donalds d'Avon, qui a diffusé, par l'intermédiaire de certains clients indélicats, des tonnes de déchets sur le bord des routes en quelques années, devrait nous inciter à la prudence.

"Un parc pour voir les cerfs"
Là, nous y sommes. La pure et directe exploitation mercantile de la faune. Attirer les touristes, contre rétribution, dans un parc d'observation. Des touristes qui n'auraient ni le temps ni la patience de s'imprégner de nature, de gouter son calme et son ambiance, ses parfums et ses paysages, mais qui souhaiteraient voir du 14 cors, comme au zoo, le photographier tout à son aise pendant que ses frères sauvages disparaissent peu à peu dans la zone libre, stressés, chassés, traqués, écrasés, tirés, contraints qu'ils sont à adopter un comportement nocturne parce que tout le monde se fout en réalité de protéger notre patrimoine naturel commun. Si cette enceinte de loisir, éminemment commerciale, devait voir le jour, je le prédis ici, c'en serait terminé des grands cervidés à Fontainebleau dans le 10 ans, les quelques spécimens parqués servant de cache misère à la disparition des autres. Il ne resterait alors peut-être, paradoxalement, que les veneurs pour tenter d'en maintenir une population viable leur permettant de perpétuer la tradition de la chasse à coure, sans doute même au prix de réintroductions d'individus. Je ne suis pas étonné que cette idée fasse son chemin à Fontainebleau, la citée qui exhibait à la fête de la nature des sangliers et un cerf en cage ! Un comble.

Il y a dans cette proposition et l'idée même de la mettre en œuvre la négation même de tout ce qui fait le charme et la particularité de la forêt de Fontainebleau. Elle ne peut être avancée que dans un seul but mercantile et ne participera en rien à la protection ni à la sauvegarde du massif forestier. Et puisqu'il était question précédemment de valeur ajoutée, on comprend bien que le seul bilan qui en bénéficiera sera celui de la société commerciale qui profitera de cette aubaine.

"Des rangers en forêt"
Il faut se pincer ici pour y croire.
Je retranscris la proposition dans sa globalité car elle est vraiment magnifique : "L’ONF souhaite recruter des bénévoles qui auraient pour mission d’informer le public et les touristes sur les bonnes pratiques et l’offre touristique en forêt. Ils seraient également chargés de surveiller le massif."
Donc, résumons :
L'ONF, qui n'a plus les moyens de sa mission et qui est contrainte de "diversifier ses activités" pour tenter d'atteindre l'équilibre budgétaire, souhaite que des locaux fassent, bénévolement, la promotion des offres touristiques qui seront bientôt déployées, avec le concours de la ville de Fontainebleau, par le biais et au profit de sociétés commerciales ?
L'ONF souhaite que ces même bénévoles rappellent les bonnes pratiques aux usagers de la forêt, c'est à dire que des bénévoles se substituent aux gardes forestiers trop occupés à vendre du bois ou à encadrer les actions de chasse ?
L'ONF espère que ces même bénévoles forment des brigades de surveillances qui patrouilleront en forêt nuit et jour pour traquer le délinquant ? Que ces bénévoles se substituent aux gardes forestiers et aux forces de l'ordre en général ? Que ces bénévoles, sans assermentation, armés du seul titre ridicule de "ranger" aillent faire respecter la loi dans la forêt de Fontainebleau ?

"Supprimer les zones blanches" pour la sécurité des usagers.
Ou l'on comprend que certains considèrent qu'il est dangereux de se balader en forêt sans être connecté au réseau téléphonique. Cette assertion est révélatrice d'un état d'esprit plus général : celui qui consiste à considérer la nature comme une entité prédatrice et dangereuse, donc nécessitant d'être contrôlée, mise au pas. C'est le moteur intellectuel de beaucoup de chasseurs ou autres écologistes de salon qui sont intimement persuadés que la place de l'Homme est centrale dans la "gestion de l'environnement", formule révélatrice d'anthropocentrisme.
Je rappelle que le seul véritable danger pour l'Homme en forêt de Fontainebleau, si l'on exclue les phantasmes concertant l'agressivité du sanglier, est l'être humain lui-même, soit parce qu'il est malveillant, soit parce qu'il transgresse la loi (braconnier, voleur de bois, proxénète, etc.), soit parce qu'il est imprudent, en s'exposant lui-même à certains risques.
Par ailleurs, il est probable que cette volonté d'étendre la couverture du réseau mobile à l'ensemble de la forêt passera par l'installation de nouvelles antennes relais. Quel impact pour le milieu ? Il faudra être vigilant à ce propos.

Cela étant posé, il est indéniable qu'un accès téléphonique rapide aux secours pourra sans doute améliorer le dénouements de certains accidents intervenants dans le massif. Ou permettre à de nouveaux visiteurs de s'orienter grâce à leur GPS, évitant ainsi de dormir à la belle étoile, ce qui peut être très désagréable en plein hiver.

"Des entrées de forêt repensées [...] pour faire prendre conscience aux visiteurs qu’ils entrent dans un « lieu exceptionnel à préserver »"
Pourquoi pas ? Bonne initiative s'il s'agit de sensibiliser. Beaucoup moins bonne s'il s'agit de préparer la mise en place de guichets d'entrées... On me comprendra sans peine.
D'ailleurs, puisqu'il est question d'un "lieu exceptionnel à préserver", faisons ici le vœu que l'ensemble des protagonistes, la mairie de Fontainebleau, l'ONF, l'ONCFS, les fédérations de chasseurs, les associations locales, les naturalistes, les photographes et tous les utilisateurs de la forêt soient bien d'accord sur ce simple constat et sur la haute nécessité de protection qu'elle incombe. Faisons le vœu que les appétits des uns et des autres, parfois contradictoires, ne substituent jamais totalement au verbe "préserver" d'autres plus prosaïques et dans l'air du temps : "rentabiliser" ou "exploiter".

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Il semble bien que, au delà du très visible délitement de l'ONF, ces quelques propositions confirment sans ambiguïté que la volonté de valorisation économique du massif bellifontain l'emportera largement sur celle de sa préservation. Voilà bien un étonnant paradoxe au moment où tant d'efforts sont menés pour ajouter notre forêt au patrimoine mondial de l'UNESCO, paradoxe ne semblant pas effrayer le maire de Fontainebleau, visiblement désireux, selon les termes du label "forêt d'exception", de faire de notre forêt "un levier du développement économique local".
En effet, l'exercice est délicat. Comment concilier, s'agissant d'un site naturel remarquable, l'indispensable conservation nécessaire au respect des nombreux status de protection déjà en vigueur et à l'obtention d'un nouveau prestigieux label, et les appétits sans cesse grandissants de ceux qui voient dans ce patrimoine un prometteur vecteur de prospérité ? On marche sur un fil... et le vent ONF souffle, d'autant plus fort que le gestionnaire est contraint de couper davantage d'arbres chaque année pour tenter de survivre au massacre de son budget...

Quelle issue à tout ceci ? Pourra-t-on concilier à Fontainebleau développement économique, augmentation de la fréquentation touristique, augmentation des prélèvements sylvicoles, augmentation de la pression sur la faune sans altérer le patrimoine naturel ? Ce serait un sacré tour de force, une première en somme, qui démontrerait que l'ultra-libéralisme n'est pas destructeur des ressources qui l'animent, une sorte de Saint Graal, un jaillissement quasi magique d'enrichissement à cout énergétique et environnemental nul, bref, une licorne économique.

En attendant l'incarnation de cet Eden, les naturalistes du massif bellifontain, ceux qui l'arpentent depuis longtemps, à pied et par tous les temps, sont unanimes à constater une modification comportemental évidente de la grande faune, notamment des cervidés, dont l'activité est de plus en plus nocturne, très probablement pour échapper aux différentes perturbations induites par la hausse de l'activité humaine. Nous aurons par conséquent, si le projet de parc à cerfs devait se matérialiser, deux populations distinctes de cervidés à Fontainebleau : la première, diurne, en captivité pour participer au "développement économique local" et la seconde, nocturne, pour échapper à la surfréquentation humaine.

Que voilà un joli patrimoine naturel !

samedi 5 janvier 2019

Déforestation mosaïque

Canada, Colombie britannique.

Grandes étendues sauvages et forêts splendides à perte de vue...
Par la route, on traverse à l'infini une nature préservée.

Mais quand on prend de l'altitude....

Déforestation mosaïque en Colombie britannique