dimanche 10 novembre 2019

Filière bois et journalisme promotionnel

J'ai quelques peu reproché dans différents articles de ce blog à la République de Seine et Marne ses prises de position peu impartiales en matière d'activités sylvicoles ou concernant la chasse en Forêt de Fontainebleau. Las, tout ceci restant bon enfant, on ne saurait reprocher une ligne éditoriale conservatrice et prudente à un quotidien d'information locale.

Ce qui est bien plus condamnable c'est la collusion entre de grands groupes d'intérêts privés et certains "grands reporter" qui n'hésitent pas à pisser de l'éloge contre (sinon pourquoi une telle alliance ?) prébende.

Dans les pages "économie" du journal Marianne, en effet, sous la plume de Vladimir de Gmeline, Grand Reporter, on apprend dans un magnifique article, que "La filière bois est une mine d'or pour la France".




On y affirme que la main de l'homme est indispensable à l’essor de la forêt, que seul son génie et les coupes "d'éclaircissement" peuvent assurer aux arbres une croissance heureuse et que l'avenir est à l'essor important de la sylviculture française, évidemment dans le plus harmonieux respect des biotopes et des subtils équilibres de la biodiversité.

Bien fol celui qui ne se jetterait pas dans cet Eldorado en somme.

Hors, on s’aperçoit avec un peu d'attention que cet article a été commandé, en quelque sorte, par Alliance Forêt Bois (https://www.allianceforetsbois.fr/) qui n'est rien de moins que le coopérative forestière leader sur le marché bois français.

Entendons-nous bien, rien d'étonnant ni d'illégal qu'une coopérative d'intérêts économiques fasse du lobbying. Business is business. Rien d'étonnant non plus qu'un "Grand Reporter" d'un important média national s'intéresse aux forêts française. Non.

Ce qui est véritablement étonnant, c'est qu'une telle proximité, pour ne pas dire collusion, entre lobbyiste et journaliste ne s'affiche aussi ouvertement... Déconcertant non ?


vendredi 1 novembre 2019

Album photos : 1er novembre 2019

Sous-bois automnale

Grands Espaces #2

L'enclos, Ile de la Réunion. La petite Mars terrestre.

Reprise de la chasse : inepties party

Chaque automne amène avec lui les châtaignes, les champignons, les belles photographies colorées et les billevesées déversées par tombereaux au moment de l'ouverture de la chasse en forêt de Fontainebleau.

La fête commençait le 10 septembre dans la République de Seine et Marne, sous la plume bienveillante du fidèle Yoann Vallier qui rapportait la reconduction pour trois ans du contrat de projet "Fontainebleau Forêt d'Exception". Sobrement titré "le contrat qui va sauver la forêt de Fontainebleau" ce bel article parvient à parler de tout sauf de la substance même du contrat ! Nous ne saurons donc jamais en quoi ce "contrat de projet" (sic) pourrait sauver la forêt... On retiendra seulement que Valérie Pécresse souhaite tripler les amendes pour les incivilités en forêt comme les dépôts d'ordures, ce qui est certainement une bonne idée tant les amendes prononcées jusqu'ici ont été dérisoires.

En réalité, je rappelle que ce label Fontainebleau Forêt d'Exception n'est qu'une opération de greenwashing puisqu'il prévoit essentiellement de favoriser l'exploitation économique de la forêt, notamment par le biais de la filière bois. Ma bafouille de 2013 à ce sujet ici.




On continue avec le site de la Fédération Française de Randonnée qui, en bon élève, relaie ce message le 2 octobre 2019 à la demande de l'ONF :

"Chaque année, l’ONF organise la chasse en forêt domaniale de Fontainebleau. Faute de prédateurs naturels, elle est le seul moyen de réguler les populations de cerfs, chevreuils et sangliers pour assurer le renouvellement de la forêt."

Autrement dit, sans chasseur point de salut, sans chasse pas de forêt digne de ce nom. C'est tellement risible que je me passerai de commenter. Il suffit seulement de sortir de son trou et de voyager un peu pour se rendre compte qu'il existe pléthore de forêts somptueuses et parfaitement renouvelées dans lesquelles la chasse est inexistante. C'est d'ailleurs un peu navrant de trouver ce genre de billevesée sur un site dédié à la rando.

En réalité, la chasse est effectivement indispensable dans le cadre très précis de l'exploitation économique, dans un espace restreint, d'un patrimoine naturel, car elle permet de circonscrire la faune qui entre directement en concurrence avec les acteurs économiques, que ce soit des sociétés privés ou des organismes gestionnaires. Les cervidés sont éliminés à Fontainebleau car ils représentent une contrainte sylvicole et peuvent potentiellement, même si ça reste à prouver en l'occurrence, générer des dégâts sur les jeunes arbres. Les suidés (sangliers) sont considérés comme nuisibles et détruits à Fontainebleau car ils génèrent des dégradations sur les cultures céréalières situées en périphérie de la forêt. Dégradations d'ailleurs prises en charge partiellement par les fédérations de chasse. Ils sont aussi un danger sur les nombreuses routes qui sillonnent la forêt, surtout pour les automobilistes qui ne respectent pas les limitations de vitesse. Ils sont enfin gênants quand ils s'aventurent dans les agglomérations pour fouisser les parterres de fleurs ou fouiller dans les poubelles. Embêtant pour l'homme et l'économie donc, mais certainement pas pour l'équilibre forestier. 

On peut d'ailleurs penser à ce sujet, conformément à ce que j'ai déjà écrit sur ce blog, que cette abondance de sangliers en périphérie de la forêt est la résultante à la fois des actions de chasse et des nourrissages opérés au cœur de la forêt et de l'accroissement constant de la fréquentation touristique.




Ensuite, le 24 octobre 2019, l'ONF nous gratifiait sur son site d'un long article "éducatif" intitulé "Cerfs, chevreuils, sangliers… Trop de grand gibier nuit aux forêts". On comprend à son titre tout en nuance que la potion va être amère.

La chasse serait donc "indispensable à l’équilibre et à la bonne santé des écosystèmes forestiers. Pourquoi ?". Oui, pourquoi Madame ONF ? Tout simplement parce qu'un bilan patrimonial réalisé par l'ONF montre qu'un tiers des surfaces de forêt domaniales françaises sont en "situation de déséquilibre forêt-gibier". Bien. Irréfutable. On appelle cela un argument d'autorité. Et tout le reste est à l'avenant, pour le plaisir :

"Le danger pour les forêts est réel".
 On le savait bien : les animaux sauvages sont un danger pour la forêt. L'homme pas du tout.
"...[les ongulés] appauvrissent la diversité des essences, notamment celles adaptées au changement climatique".
L'arme fatale dégainée si tôt dans le texte par les communicants, gasp ! Où il faut comprendre que les animaux sauvages, par l'action même de se nourrir en forêt, favorisent le réchauffement climatique et que, corrélativement, la chasse permettra de limiter l'emballement du mercure. Il vaut mieux lire ça que d'être aveugle non !?

"Augmentation considérable du gibier en 40 ans"
La preuve permettant d'étayer une telle assertion ?
"L’évolution du tableau de chasse national des principales espèces concernées de 1976 à 2016 traduit l’augmentation exponentielle de ces populations."
Sublime. Expliquer l'augmentation "considérable" du gibier par la progression des tableaux de chasse est magnifique de sophistique.
Non Madame ONF, la seule déduction qui puisse être faite de la progression des tableaux de chasse est qu'il y a progression des actes de chasse. C'est tout. Allons plus loin dans le raisonnement utilisé par l'Office : nous pouvons donc considérer que plus les chasseurs tuent de gibier et... plus il y en a !!! Grandiose !

"A ceux qui disent que ce déséquilibre [forêt-gibier] est une invention, je les invite à aller sur le terrain avec les forestiers pour constater l’étendue des dégâts et comprendre les conséquences économiques et écologiques induites par ce phénomène"
Ici l'ONF montrent ses muscles. Ca me rappelle un fameux "qu'ils viennent me chercher !" lancé péremptoirement il y a quelques temps par un illustre banquier reconverti. La manœuvre pourrait presque impressionner si elle n'était accompagnée de preuves photographiques aussi ridiculement insignifiantes ! Je ne résiste pas à la tentation de reproduire ci-dessous les deux plus terrifiantes, âmes sensible s'abstenir :

Abroutissement (c) ONF
 
Zone retournée par les sangliers en forêt (c) ONF

On comprend qu'une telle furia destructrisse puisse toucher aussi durement à l'âme le plus aguerri des agents ONF !

Pour comparaison, il est vrai que les interventions forestières de "mise en valeur" de la forêt de Fontainebleau sont infiniment plus respectueuses du milieu :

Coupe rase de "mise en valeur d'un chaos rocheux"
Coupe de "régénération forestière"

Impact négligeable des engins forestiers sur les sols

Arbre gênant déraciné et "écrasé" par un engin de débardage

Bref, rien de tel qu'une belle illustration comparative pour situer les problèmes et les rendre tangibles.

"Cette problématique est souvent invisible pour le grand public. Pourtant, elle aura des conséquences terribles sur la forêt de demain"
Des conséquences terribles... La peur coco, ça marche toujours...

"Risques pour la biodiversité et la filière forêt-bois"
Très malin de reléguer à la fin de l'article la question centrale qui préoccupe vraiment l'ONF et avec elle la filière bois : la perte économique ; et d'accoler d'autre part dans le même titre les mots "filière forêt-bois" et "biodiversité" qui sont en réalité des notions antinomiques. Il est évident que la rationalisation économique libérale d'un espace forestier ne saurait s'encombrer très longtemps d'une faune empêchant de rentabiliser en rond. Nous voyons d'ailleurs ici les prémisses de cette rationalisation qui, grâce à une série d'arguments et à une sémantique, basée sur la peur, cherche à nous faire percevoir la faune sauvage comme un danger pour la forêt alors qu'elle n'est un problème que pour la valorisation commerciale de la forêt.

On termine avec cet article daté du 28 octobre 2019, toujours dans le Rep, dans lequel on apprend que la chasse à tir "se justifie par la nécessité de réguler les populations" car "les arbres sont fragiles dans leurs premières années et accessibles aux dents des cerfs et des chevreuils. Le sanglier fouille le sol à la recherche de nourriture et déracine les végétaux", dixit l'ONF.

On en déduit naturellement qu'il est souhaitable de détruire les sangliers car ils nuisent à la croissance des arbres et à la bonne santé forestière. Hors, c'est manifestement faux. La littérature montre, dont récemment  une étude de l'INRA, que les sangliers jouent un rôle important dans la dynamique forestière, notamment grâce à l'épizoochorie (dispersion des graines par le vecteur animal). Il est donc établi qu'une forêt de laquelle seraient absents les grands mammifères serait une forêt moins résiliente et à la biodiversité plus limitée.

En réalité, la surabondance des sangliers est principalement le fait d'une mauvaise gestion humaine (bien montrée ici) associée hypothétiquement au changement climatique et qui pose effectivement problème, non pas à la forêt elle-même mais à son exploitation économique. Les sangliers sont un problème pour l'ONF et la filière bois, mais certainement pas pour la biodiversité.

On notera tout de même que dans l'article de la Rep sus-nommé, toujours sous la plume de Yoann Vallier, parole est donnée à un avis divergent, une fois n'est pas coutume, par l'intermédiaire des amis de la TL2B. Pour une fois qu'un article de la Rep sur le sujet est équilibré, je ne résiste pas à l'envie de reproduire ci-dessous les propos dissidents : " Comment arrive-t-on à faire croire au public qu’il y aurait 750 cervidés alors que depuis des décennies, des naturalistes et photographes présents tous les jours en forêt estiment la population en très forte régression ? La population nous semble surestimée voire en situation dramatique pour son maintien "

Comment arrive-t-on à le faire croire ? C'est bien mon sujet.

Pour conclure, il est toujours sidérant de constater, à la lecture du flots d'arguments déployés par ceux qui considèrent la chasse comme indispensable à la préservation de la biodiversité et à la survie de nos espaces forestiers, à quel point l'anthropocentrisme est encore ancré dans notre société moderne, à quel point nous sommes restés pour beaucoup figés à une époque qui ne connaissait pas encore Buffon et Darwin, une époque pré-Copernicienne dans laquelle l'Homme et la Terre avec lui était encore au centre de l'Univers.
En effet, si la forêt était à ce point dépendante de l'action humaine pour trouver son équilibre et exister même, comment expliquer la richesse incroyable des forêts primaires, comment expliquer la biodiversité incroyable de la jungle amazonienne, comment expliquer les forêts gigantesques anciennes, celles là même qui sont à l'origine des réserves de pétrole et de gaz que nous consommons aujourd'hui sans modération ?

La seule relation viable et réellement durable de l'Homme avec la forêt ne peut être que quasi symbiotique et mutualiste. Tout le reste n'est qu'illusion temporaire. Quand les colons européens prirent possession des terres indiennes en Amérique du Nord, ils ont trouvé des forêts magnifiques recelant des arbres gigantesques, plusieurs fois millénaires, que les indiens avaient eu depuis toujours la sagesse de conserver. Les indiens et les arbres ont bien vite été décimés. Il y a fort à parier que l'empire américain n'aura pas la longévité de ces peuples premiers dont la coutume orale fait remonter l'existence à des temps immémoriaux, ni même de ces arbres sacrés abattus pour quelques dollars.

Groupe MirageBecScie: Arbres géants


L'Homme est imparfait, c'est ainsi. Lui confier le sort de la nature et de ses subtiles harmonies est d'une dangereuse inconscience. Comme disent les enfants : un éléphant dans un magasin de porcelaines. Un éléphant avec une tronçonneuse et un fusil.

dimanche 27 octobre 2019

Grands Espaces #1

Pour tous ceux que l'automne et les jours qui raccourcissent rendent moroses, je commence une série sur les grands espaces, avec si possible du ciel bleu... Évidemment, le Canada s'imposait, à tout seigneur tout honneur :

Bow Lake, BC, Canada


mercredi 23 octobre 2019

Conférence de Vincent Mignerot : l'effondrement, inéluctable ?

Très intéressante conférence de Vincent Mignerot au sujet de la relation que l'humanité entretient avec l'énergie et ses perspectives à moyen terme. Bien vulgarisé, le propos est agrémenté, sans l'alourdir, d'analyses et de chiffres référencés. La prospective déroulée en seconde partie et la conclusion proposée sont éclairants.