samedi 18 février 2017

UNESCO pour le forêt de Fontainebleau : à quel prix ?

Le maire de Fontainebleau confirme dans le bimestriel de la ville de janvier/février 2017 qu'il souhaite un classement de la forêt de Fontainebleau dans le patrimoine mondial de L'UNESCO.

En première analyse, même si notre forêt croule déjà sous les labels de toutes sortes, ce classement prestigieux pourrait plutôt être une bonne nouvelle en matière de protection.

Mais, en y regardant de plus près, la protection patrimoniale et l'écologie ne semblent pas vraiment être les moteurs de cette candidature. Même si la forêt est présentée comme le "poumon vert" d'Ile de France, c'est à dire essentielle à la région de par son rôle écologique, social et sanitaire, la motivation de ce classement paraît se situer ailleurs :

  • « Rattacher la forêt de Fontainebleau au château et à son classement Unesco, permettrait de renforcer considérablement la notoriété du site et son attractivité. Cela nous offrirait la possibilité de développer des offres touristiques spécifiques au secteur, et serait, je l’espère, un catalyseur pour sensibiliser à sa préservation »

Le moins qu'on puisse dire est qu'il n'y a aucune ambiguïté sur les priorités du Maire de Fontainebleau. On fait du business d'abord et on espère préserver ensuite.

Les cautions scientifiques engagées dans la candidature ne rassurent pas vraiment puisqu'il s'agit notamment du président du comité national du fameux label "Forêt d'exception", cette espèce de coup de tampon marketing "green" qui aura été à la protection ce que la pub est à la qualité du produit. Rétrospectivement, il semble bien que que ce label aura eu deux fonctions : celle de faire la promotion de la filière bois d'abord et d'enrichir les statistiques de fréquentation ensuite, dans l'optique d'une augmentation des visites.

Fontainebleau, forêt d'exception
Fontainebleau, forêt d'exception
Fontainebleau, forêt d'exception
Fontainebleau, forêt d'exception

Bref, on l'aura compris, il faut faire venir davantage de monde à Fontainebleau pour faire tourner le commerce. Ce qui n'est pas critiquable en soi et a d'ailleurs le mérite de la cohérence, puisque déjà suggéré dans la stratégie définie l'an passé dans le compte rendu de l'observatoire de la fréquentation de la forêt de Fontainebleau.

Sauf que, et ceci nos chères édiles et doctes scientifiques semblent l'oublier, la forêt de Fontainebleau souffre déjà beaucoup de surfréquentation et certains sites font l'objet d'aménagements et d'une surveillance étroite pour endiguer une érosion alarmante des sols. http://www.leparisien.fr/espace-premium/paris-75/grandes-manoeuvres-contre-l-erosion-en-foret-de-fontainebleau-31-03-2012-1931906.php

Résultat de recherche d'images pour "érosion fontainebleau"

La faune sauvage est constamment sous pression et ne dispose plus que de quelques ilots de tranquillité, souvent d'ailleurs en lisière de forêt ou à sa périphérie proche, dans les cultures adjacentes. Elle est contrainte, chaque année davantage, de fuir ses parcelles chassées, mobilisées et traversées par des visiteurs toujours plus nombreux. Les photographes et naturalistes qui l'arpentent depuis longtemps le savent bien : http://www.yannickdagneau.com/vers-une-foret-sans-cerfs/

Dès lors, une question s'impose : comment concilier l'objectif annoncé de "renforcer considérablement l'attractivité" du site, c'est à dire augmenter fortement sa fréquentation, tout en garantissant sa pérennité, sa beauté, la préservation de sa flore et la tranquillité de sa faune ? 
L'observatoire de la fréquentation de la Forêt de Fontainebleau, créature créée dans le cadre du fameux label "forêt d'exception" et financée notamment par la CCI de Seine-et-Marne (!) pense pouvoir "orienter le public vers les sites les moins fragiles". Allons donc ! Nous prendrait-on pour des imbéciles ? Prendrait-on les touristes pour des imbéciles, qui comme un seul homme, se rueraient vers des sites de second ordre sans réfléchir, au mépris de toutes les indications fournies par les guides français et étrangers ? A l'aire d'internet, où l'information circule autour du globe à la vitesse de la lumière, croit-on réellement qu'on pourra empêcher un visiteur de Franchard d'en recommander la visite sur un blog ? Un site de rando de faire la promotion des sentiers bleus les plus beaux, donc les plus empruntés ? Ce ne sont certainement pas trois panneaux routiers et deux brochures informatives qui éloigneront les visiteurs de la Forêt de Fontainebleau, en quête de sérénité et de beauté, des fragiles bijoux naturels qu'elle recèle.

Il y a ici un paradoxe qui ne pourra en l'espèce être dénoué qu'au prix d'un renoncement. Celui de la qualité du patrimoine protégé, c'est à dire en sacrifiant sa richesse vivante, faune et flore confondues, sur l'autel de la notoriété et de la rentabilité, pour un label supplémentaire, aussi prestigieux soit-il.

Ces gens, distingués et diplômés, devraient savoir que ce n'est pas en détériorant le capital qu'on optimise ses intérêts !
Il semble bien que notre patrimoine forestier n'ait jamais été aussi convoité et considéré comme une ressource à exploiter. Il faut être vigilant et tâcher de faire en sorte que notre génération ne porte pas l'écrasante responsabilité d'avoir privé ses enfants de ses merveilles naturelles.

Déchets connection


La République de Seine & Marne nous informe, en terme choisis et fort peu contondants, que nos déchets permettent à certains citoyens d'arrondir leurs fins de mois, et ce, on l'imagine, sans grands efforts. Incroyable hasard, ces citoyens sont tous des élus :

info.jpg

Problème, la Chambre Régionale des Comptes estime que ces "indemnités" sont illégales et doivent être remboursées. Si on avait l'esprit mal tourné on pourrait presque en conclure qu'il s'agit de détournement d'argent publique. Plus de 170.000€ en 2 ans tout de même ! Je rappelle que des indemnités sont sensées devoir compenser une dépense engagée (et justifiée) ou un travail fourni (et justifiable). 

Bref, les contribuables locaux, qui ne cessent de voir les impôts locaux augmenter depuis quelques années, notamment pour financer le traitement de leurs déchets, apprécieront.

Je vous laisse prendre connaissance du papier de la REP et surtout de la synthèse du rapport de la Chambre des Comptes qui évalue assez clairement la qualité des prestations et de l'organisation des organismes chargés du traitement des déchets dans le Sud 77. Une excellence qui valait bien 170.000 € d'indemnités de présidence !

dimanche 12 février 2017

Espaces protégés : zone de turbulence droit devant !

En ces temps politiques troublés, où les mots sont vides de sens et les étiquettes trompeuses, il convient d'être particulièrement attentif à la fabrication de la loi. C'est en effet le lot d'un régime en bout de course, servi par un gouvernement quasi illégitime, que de servir précipitamment et furtivement les intérêts de ceux dont il est l'obligé.

Quelques particuliers choisis sont préférés à la masse qui conspue. C'est bien là le drame de notre vie "démocratique" : l'action politique n'est plus asservie au "demos" mais peut devenir son joug pour satisfaire une minorité.

Ainsi le travail des vigies de la vie législative est capital, il permet de déceler et de mettre au jour certaines tentatives furtives de réécriture des textes particulièrement dommageables, notamment pour la bio-diversité.

Ainsi le site https://www.sauvonslaforet.org/ , qui propose de signer une pétition, nous apprend dans cet article :


qu'une tentative de réécriture de la loi est en cours concernant les forêts de protection (dont Fontainebleau) afin d'y permettre l'exploitation minière.

Notre ministre de l'agriculture, le sémillant Stephane Le Foll, non content de laisser crever les petits éleveurs et exploitants agricoles, s'attaque maintenant à notre patrimoine forestier.

Peut-on seulement imaginer quelles pourraient-être les conséquences pour nos forêts protégées si une "substance minérale à intérêt national ou régional" était trouvée en sous-sol ? Qu'est-ce qu'une substance minérale intéressante ? Intéressante pour qui et pour quoi ? L'imprécision de la définition n'est sans doute pas anodine - et c'est le plus problématique car, si l'on sait que le diable se cache dans les détails, il peut aussi faire son miel de l'approximation.
Résultat de recherche d'images pour "mine en forêt"
Est-ce là la version socialiste de la forêt de protection ouverte à l'exploitation minière ?

Sur le site du ministère, on apprend d'ailleurs que notre ministre vient de signer le décret du programme national de la forêt et du bois dont les grandes lignes ne laissent guère de doute sur la finalité mercantile :


  • Créer de la valeur en France, en mobilisant la ressource durablement ;
  • Répondre aux attentes des citoyens et s’intégrer aux projets de territoires ;
  • Conjuguer atténuation et adaptation des forêts au changement climatique ;
  • Développer des synergies entre forêt et industrie.

Vous remarquerez qu'il n'est pas au programme de lutter contre le changement climatique mais seulement de s'adapter à ce changement : en plantant des essences exotiques à la croissance plus rapide par exemple ? Si l'on renonce à sauver la planète on peut sans doute toujours augmenter le rendement n'est-ce pas ? La dynamique et les engagements de la COP21, s'ils n'ont jamais existés, semblent déjà bien éloignés... Et supplantés par des objectifs plus... pragmatiques.

Est-ce là la version socialiste de la forêt de protection "adaptée" au changement climatique ?

Bref, la conjonction de ces informations, ajoutées à d'autres (les turpitudes de Ségolène) qu'il serait trop long d'exposer ici, montre bien qu'il faudra être vigilant durant cette fin de règne qui pourra encore sans doute nous réserver de bien mauvaises surprises législatives jusqu'au mois de mai ; la faiblesse du gouvernement, sa perte de légitimité ne lui permettant plus de s'opposer aux appétits ultra-libéraux de ceux qui ne perçoivent pas le patrimoine vivant, constituée notamment des zones forestières, autrement que comme une matière première à rentabiliser.

Et ce sera peut-être pire après le 7 mai...



samedi 7 janvier 2017

Stay in your car !


6h30, je m'engage lentement avec ma voiture de location sur la petite route magnifique qui longe le lac Vermilion, à proximité de Banff, dans l'ouest canadien, haut lieu réputé des ornithologues et photographes animaliers spécialisés dans la plume.
La lumière chaude de cette belle matinée de printemps donne une ambiance extraordinaire de beauté et de sérénité à ce lac qui reflète les montagnes qui le surplombent.

Vermilion Lake - Canada

De nombreuses voitures sont déjà stationnées. Jumelles, longues vues, optiques 500mm sont à l’œuvre : le pygargue à tête blanche est en chasse, le spectacle est somptueux.

Il restera malheureusement un peu loin pour moi ce matin-là. Mais l'important est ailleurs : bien davantage dans la chose vue et ressentie que dans le paquet de pixel rapporté au bercail.


Mais, un conseil, si vous passez par-là et tentez l'expérience d'observation en vous mêlant aux autochtones, restez dans votre voiture ! On observe depuis l'intérieur de son véhicule cher monsieur, on n'en sort pas, sous aucun prétexte. Sinon, comme moi, vous entendrez de courroucés "stay in your car" sortir des habitacles option cuir des naturalistes locaux :-)




jeudi 29 décembre 2016

Lumière hivernale

Sente chaotique. Vers quelle mystérieuse destination éclairée nous emmènera-t-elle ?

Traversée silencieuse d'un sous-bois moussu. Quelques rochers élus se réchauffent à ses trais.

Lente frénésie végétale qui, dans une féroce concurrence, consacre presque toute son énergie à en recevoir.